En route vers la Gloire

Frères et sœurs, comment parvenir à la gloire ? Je ne parle pas de la gloire des stars du show biz, mais à celle de Dieu. Si nous voulons partager sa gloire, avec tous les saints qui sont au ciel, il n’y a qu’un seul chemin, celui que le Christ nous indique. Au moment de son dernier repas, il a annoncé à ses disciples que son Père allait bientôt le glorifier (le mot apparaît 5 fois en une seule phrase dans le passage que nous venons d’entendre !), allusion à la Passion qui s’approchait. Ceci signifie que si nous voulons être glorifiés, nous aussi devons accepter de passer par la Croix. Mais ce passage n’a de sens que dans la perspective de la résurrection. Comment suivre le Christ qui est mort et ressuscité pour nous ? En disposant notre cœur d’une triple façon, que les lectures de ce dimanche illustrent successivement : par la Foi (1° lecture), par l’Espérance (2° lecture), par l’Amour (évangile).

 

Pour commencer, nous devons croire. La Foi est la porte d’entrée du Royaume. C’est pourquoi les parents des baptisés, à la question « que demandez-vous à l’Eglise de Dieu » dans l’ancien rituel, répondaient : « La Foi ». Sans la Foi, l’homme ne peut être sauvé.

La mission de Paul a été d’annoncer partout la Foi au Christ. Mais avec Barnabé, ils ne se sont pas contentés d’une simple annonce, ils « affermissaient le courage des disciples et les exhortaient à persévérer dans la foi ». Ce qu’ils ont fait à Iconium, Lystres et Antioche de Pisidie, Paul l’a fait partout : avec chacune des communautés qu’il avait enfantés par sa parole, il a entretenu des relations, par ses visites ou par ses lettres, afin que la foi de ses membres puisse grandir et s’affermir.

En effet, la Foi n’est pas une réalité que l’on peut posséder comme un objet quelconque : elle peut être morte ou vivante, et elle peut être plus ou moins vivante. Elle possède en effet différents niveaux. Le premier, c’est de croire que Dieu existe ; le second, d’adhérer à ce qu’Il a révélé dans l’Ecriture et dans la Tradition ; le troisième, c’est de Lui donner toute sa confiance et d’entretenir une relation personnelle avec Lui. Saint Augustin distinguait ces trois niveaux en écrivant : credere Deum ; credere Deo ; credere in Deum. Certains chrétiens croient en Dieu, mais refusent une partie des vérités transmises par l’Eglise. D’autres acceptent ces vérités, mais n’entretiennent pas de relation personnelle avec le Seigneur. Les premiers et les deuxièmes sont en danger, car les épreuves de la vie risquent de les secouer et de leur faire perdre la Foi. Paul et Barnabé l’avaient compris, eux qui dirent aux disciples : « Il nous faut passer par bien des épreuves pour entrer dans le royaume de Dieu. »

 

Pour suivre le Christ, la Foi est nécessaire, mais pas suffisante. Il nous faut aussi cultiver l’Espérance. Elle est le moteur qui nous permet d’avancer dans le Royaume où la Foi nous a conduits. Elle nous indique en effet le but à atteindre. Ce but, saint Jean le décrit de manière magnifique dans son Apocalypse, qui signifie précisément dévoilement, révélation : « j’ai vu un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre avaient disparu, et il n’y avait plus de mer. Et j’ai vu descendre du ciel, d’auprès de Dieu, la cité sainte, la Jérusalem nouvelle, toute prête, comme une fiancée parée pour son époux ». Dans le Royaume de Dieu, la création sera radicalement renouvelée. Il n’y aura plus de mer, ce qui signifie que les forces du mal et de la mort auront été vaincues ; c’est pourquoi il n’y aura « plus de pleurs, de cris, ni de tristesse ». Et l’humanité elle-même sera renouvelée : dans l’Eglise, elle deviendra la cité sainte, la Jérusalem nouvelle, prête à s’unir parfaitement avec son Seigneur.

Notre société souffre d’un terrible manque d’Espérance. Or, selon St Thomas d’Aquin, « le désespoir est le plus périlleux des péchés, car c’est par l’espérance que nous nous détournons du mal et que nous commençons à rechercher le bien. C’est pourquoi, lorsque l’espérance a disparu, les hommes, sans aucun frein, se laissent aller aux vices et abandonnent tout effort vertueux[i] […] Et S. Isidore déclare : ” Commettre un crime c’est la mort de l’âme ; mais désespérer, c’est descendre en enfer. ” »

 

Pour suivre le Christ, nous avons besoin d’une 3ème vertu théologale (c’est-à-dire donnée par Dieu Lui-même), la plus importante de toutes : l’Amour. La Foi et l’Espérance passeront, mais l’Amour ne passera jamais. Ce que nous espérons, les noces avec le Seigneur, nous pouvons les vivre dès aujourd’hui si nous vivons dans l’Amour. Après être entrés dans le Royaume par la Foi, et en nous dirigeant vers Celui qui nous attire à lui par l’Espérance, nous pouvons goûter dès maintenant le bonheur de l’union avec Lui, par l’Amour, puisqu’Il est Amour. C’est tellement vrai que la petite Thérèse se demanda ce qu’elle aurait de plus après sa mort, tant elle était unie à Dieu par l’Amour.

Mais qu’est-ce que l’Amour ? Ce mot a été dénaturé : les multiples amours des stars du show biz que j’évoquais au départ manifestent souvent un amour superficiel et passager. Pour comprendre ce qu’est le véritable Amour, celui qui nous accomplit et nous divinise, écoutons le Christ lui-même : « je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres ». Le geste du lavement des pieds, qu’il venait de réaliser, est comme le symbole de son Amour. Aimer à la manière du Christ, voilà ce qui fait de nous ses disciples, de véritables chrétiens. Et c’est cela qui nous permet d’être « glorifiés » comme lui, sur le trône de la croix pendant la vie terrestre, et dans le ciel ensuite.

 

Ainsi, frères et sœurs, le chemin vers la Gloire nous demande de suivre le Christ avec une triple disposition du cœur : la Foi, l’Espérance et l’Amour. Par la Foi, nous sommes entrés dans le Royaume de Dieu ; l’Espérance nous donne la force de cheminer vers son accomplissement ; et l’Amour rend  ce cheminement plein de bonheur. Chacune de ces vertus théologales doit être nourrie et affermie. Il existe des athées qui mènent une vie exemplaire sur le plan des vertus. Prenons des exemples à partir des quatre vertus cardinales. Gandhi fut un modèle de tempérance, lui qui sut jeûner des semaines entières pour sensibiliser les autorités politiques à sa cause. Henri Guillaumet fut admirable de force, lui qui marcha cinq jours et quatre nuits à travers les Andes après s’être écrasé avec son avion, et qui déclara ensuite: « Ce que j’ai fait,  jamais aucune bête ne l’aurait fait ». Jules César fit preuve d’une grande prudence, qui lui permit de remporter de nombreuses batailles. Et Saladin fut célèbre pour son sens de la justice, même auprès des chrétiens. Tous ces exemples nous montrent  que les vertus humaines peuvent être pratiquées par tous. Mais les vertus théologales sont données par Dieu Lui-même, et caractérisent les croyants. Alors, prions le Seigneur de les faire grandir dans nos cœurs. Et puis, dans les semaines à venir, pourquoi ne pas relire un évangile pour admirer comment le Christ a fait preuve d’une confiance parfaite envers son Père, comment il attendait le Royaume, et comment il nous a aimés ? C’est ainsi que nous œuvrerons de mieux en mieux pour la Gloire de Dieu – et la nôtre – et pour le salut du monde. AMEN.

 

[i] D’où, sur le texte des Proverbes (24, 10) : ” Si, tombé, tu désespères au jour de ta détresse, ta force s’en trouvera diminuée “, la Glose commente ” Il n’y a rien de plus exécrable que le désespoir ; celui qui désespère n’a plus aucune constance dans les travaux de cette vie, et, ce qui est pire, dans le combat de la foi. ” (ST IIa IIae, q.20, a.3)