
- Carphanaum
En ce cinquième dimanche du temps ordinaire, nous continuons la lecture à la fois contemplative et méditative de la « Journée de Jésus à Capharnaüm ».
Cette journée est la toute première journée du Ministère public de Jésus telle que l’Evangéliste Marc nous la relate : Jésus prie, enseigne, libère l’homme de ses démons, guérit les malades ; un résumé de toute l’activité chrétienne proposée par saint Marc aux premiers chrétiens – et donc, à nous-mêmes aujourd’hui.
Il n’y avait ni presse, ni télévision, ni Internet à Capharnaüm au temps de Jésus, mais les nouvelles couraient vite : « La ville entière se pressait à la porte… » Et pourtant, l’attitude de Jésus est déroutante. Il ne veut pas tirer avantage personnel de l’événement, il interdit à ceux qu’il a délivrés des esprits mauvais de parler de lui… Il semble indifférent à son propre succès : le voilà qui s’échappe. Il sort de la ville et se retire dans un endroit désert pour prier – instant privilégié de tête à tête avec son Père, loin de tout – et quand Simon et ses compagnons le retrouvent, il déclare : « Partons ailleurs dans les villages voisins afin que là aussi, je proclame la Bonne Nouvelle ; car c’est pour cela que je suis sorti… ».
On peut dire que l’Evangile de Marc nous montre Jésus dans un mouvement incessant de sortie vers d’autres villes et villages… « Sortir » indique en effet un aspect marquant de la mission de Jésus et aussi de la nature profonde de Dieu. Dieu sort de lui-même pour venir à la rencontre des hommes, pour entrer en communion avec eux, pour leur annoncer la Bonne Nouvelle du Salut. Il se fait connaître comme don de lui-même, don de la Vie, Amour qui diffuse l’Amour … et rien ne peut empêcher ce mouvement créateur qui est en Dieu, ce mouvement de sortie de lui-même : « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mc 10, 45).
Ce qui a fait sortir Jésus de Capharnaüm, c’est aussi le refus d’un certain pouvoir médiatique par ses dons de guérisseur. Les miracles accomplis sont les signes que « le Règne de Dieu s’est approché », que le « Règne de Dieu est déjà là » ; le risque serait de ne voir dans les miracles que le prodige, non la foi. Jésus guérit en même temps qu’il annonce le Royaume parce que le mal sous tous ses aspects contrecarre le projet bienveillant de Dieu sur l’humanité.
Alors, contemplons, méditons, comme le suggère saint Marc, cette page d’Evangile et tirons-en quelques pistes d’actions : sortons de nos « tours d’ivoire » pour écouter le bruit du monde, capter et répondre aux divers appels « au secours » des frères et sœurs en humanité, en difficulté, afin de les réconforter, les soutenir par des actes concrets, non par de belles paroles plus ou moins inadaptées. La souffrance est toujours un mal et tous nos efforts pour lutter contre les souffrances des hommes et contre toute maladie vont dans le sens du projet de Dieu-Amour.
A la suite de saint Paul, la proclamation de l’Evangile devrait être « une nécessité » qui s’impose à chaque disciple du Christ, à sa suite, avec, à l’esprit et dans le cœur, la conviction que la Bonne Nouvelle du Salut en Dieu n’est pas faite que de paroles qui s’adresseraient à la seule intelligence ou à la conscience mais, conjointement, inséparablement, une lutte contre tout ce qui fait souffrir ou défigure l’être humain. C’est ce qui fonde notre prière, dans la lumière et la force de l’Esprit-Saint.
Jean Amouriaux, diacre permanent




