Dimanche 15 juin 2008
Exode 19, 2-6; Psaume 99 ; Romains 5,6-11 ; Matthieu 9, 36-10,8
"Dans le verset qui précède, Matthieu a présenté l’activité de Jésus, annonçant l’Évangile du Royaume et guérissant toute maladie et toute infirmité. Or le voici devant des foules fatiguées et abattues comme des brebis sans berger. L’annonce de la Bonne Nouvelle et la guérison de toute maladie et toute infirmité butent sur un échec. Il y a trop à faire
Pourtant, Jésus ne se précipite pas. Il ne peut agir. Avant toute action, il se laisse envahir par l’émotion. Il est ému jusqu’aux entrailles. Et l’évangéliste use ici d’un mot matriciel, maternel, féminin, le même qui nous dit la tendresse de Dieu pour l’humanité dans le cantique de Zacharie, ou l’émotion du Samaritain devant le blessé de la route de Jérusalem à Jéricho.
Et puis il invite à prier le Maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson, Il invite à prier le Père. Luc soulignera que c’est après avoir lui-même prié qu’il appellera les Douze. Et selon Jean, Jésus n’est pas laissé seul, C’est le Père qui lui confie sa mission. Et il rendra grâce au Père de lui avoir donné ses disciples. Ils étaient à toi et tu me les as donnés... Tout ce qui est à toi est à moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Tu me les as donnés, et nul ne les arrachera de ma main,
Jésus est homme, et il a besoin de collaborateurs. Mais ces collaborateurs ne relèvent pas de son seul projet. Ils lui sont donnés par le Père, pour travailler à la mission qui lui est donnée par le Père.
La relation de Jésus à ceux qu’il appelle comme les collaborateurs de sa mission passe par le Père. Il ne s’agit pas de son oeuvre, mais de l’oeuvre du Père, de la parole du Père - C’est l’oeuvre et la parole les plus personnelles de Jésus, mais d’autant plus personnelles qu’il n’en est d’aucune façon propriétaire, qu’il reçoit tout du Père.
Si nous recevons un ministère et une mission dans l’Église, il est clair que ce ne peut être que dans la manière et dans l’Esprit de Jésus. Il ne s’agit pas de notre oeuvre. Il ne s’agit pas de nous précipiter pour agir. Il s’agit d’entrer dans la tendresse et l’émotion maternelles de Dieu pour les foules et les personnes. Il s’agit d’entrer dans la volonté du Père, cette volonté de vie et de liberté pour chacun,
Et c’est bien ce vers quoi nous oriente l’évangile en désignant d’abord les Douze comme des disciples. Il ne s’agit pas d’abord d’une mission, mais d’entendre Jésus et d’entrer dans ce qu’il propose. Marc dit d’eux que Jésus les a appelés pour être avec lui et les envoyer prêcher. Etre prêtre - et être prêtre dans la société de Jésus et de Marie - c’est d’abord cela. C’est être appelé par son nom pour cela, pour une relation personnelle avec Jésus.
Mais c’est aussi, comme les Douze, être envoyé en mission, être apôtre. Jésus annonçait la Bonne Nouvelle du Royaume et les Douze sont envoyés annoncer que le Royaume des cieux est proche. Jésus guérissait toute maladie et toute infirmité et les Douze reçoivent pouvoir de chasser les esprits mauvais et de guérir toute maladie et toute infirmité. C’est exactement la même mission. Non pas la nôtre, mais celle de Jésus. Et ce n’est pas nous qui sauverons le monde. Lui l’a fait, une fois pour toutes, Mais Jésus a besoin de nous pour continuer à prendre soin des foules et des personnes, pour être à leur service, Service dans l’Église, mais d’abord service de l’humanité : la Bonne Nouvelle de Jésus, indissociablement sa parole, ses actes, sa Personne, c’est le plus grand service que nous avons à rendre à l’humanité. « Vous les Chrétiens, vous portez un tel trésor: pourquoi le gardez-vous pour vous ? Pourquoi êtes-vous si timides ?» me demandait une future catéchumène.
Disciple, apôtre, nous ne le serons donc qu’en renvoyant sans cesse et toujours davantage au mystère du Christ, au mystère de Dieu, Et c’est bien le sens du ministère ordonné dans l’Église. Diacres, prêtres ou évêques, nous ne sommes sûrement pas de meilleurs chrétiens, pas davantage des prédicateurs éloquents, des animateurs doués, des théologiens compétents... Certes, il n’est pas interdit de l’être.., et ce serait même plutôt bien… Mais bien d’autres chrétiens sont plus doués et plus généreux que nous.
Notre mission propre, c’est de rappeler sans cesse à l’Église qu’elle ne se rassemble pas par elle-même, qu’elle ne fait pas son oeuvre, mais qu’elle est rassemblée par l’appel du Père, l’initiative du Christ ressuscité, la communication de l’Esprit Saint. L’Église elle-même n’est pas une organisation mais un mystère, comme un sacrement, enraciné dans le mystère de Dieu. « Un peuple qui tire son unité de l’unité même du Père, du Fils et de l’Esprit ». Ce sont les quatre premiers paragraphes du texte de Vatican II sur l’Église. Nous n’avons pas fini de les recevoir. Et si nous les entendions vraiment, il n’y aurait plus de problème des vocations,
L’Église a besoin de ces hommes qui acceptent d’être appelés par le Christ pour être avec lui, grâce à lui, disciples et apôtres - pour être signes par toute leur vie que c’est lui, le Christ, qui aujourd’hui rassemble d’Église, pour l’espérance du monde. Nous le vivons tous ensemble, frères et soeurs, quand nous célébrons l’Eucharistie. Si c’est l’évêque ou le prêtre qui la préside, ce n’est certes pas qu’il soit meilleur chrétien ou meilleur animateur... C’est parce que, par l’imposition des mains et l’invocation du Saint Esprit - ce que nous allons vivre dans cette ordination - il est, dans sa relation avec tout le peuple de Dieu dont il fait partie, le signe que c’est bien le Christ ressuscité qui suscite son Église, qui la fait entrer dans ce qu’il a vécu une fois pour toutes et à quoi il nous associe faire de son corps du pain pour la vie des hommes, se donner tout entier pour notre libération et notre vie.
Disciple, apôtre, signe de la présence du Ressuscité pour l’espérance du monde, Une belle aventure, dont vous recevez la charge par l’imposition des mains."
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