Suivons notre GPS !
Frères et sœurs, sommes-nous obéissants ? Quand notre GPS nous dit de tourner à gauche ou de faire demi-tour, nous obéissons sans discuter, persuadés qu’il « voit » plus loin que nous. Et pourtant, lorsque Dieu nous indique un chemin différent du nôtre, nous hésitons souvent. Nous doutons, nous résistons, comme si nous savions mieux que lui ce qui est bon pour nous. L’obéissance, c’est cela : accepter de se laisser conduire, même quand on ne comprend pas tout… A notre époque, l’obéissance a mauvaise presse. Elle est souvent perçue comme un manque de liberté, et synonyme de faiblesse, de pusillanimité, voire même de lâcheté. On lui préfère la révolte et la rébellion, qu’on présente comme synonymes de courage, alors qu’elles sont souvent le fruit de l’orgueil. En réalité, l’obéissance à Dieu est le signe d’une grande liberté intérieure. Il faut ne pas être esclave de ses peurs et de ses désirs pour écouter Dieu et le suivre. L’obéissance est une vertu qui demande une grande force intérieure et doit souvent s’accompagner de courage. Elle demande aussi du discernement. Avant d’obéir à Dieu, encore faut-il que je connaisse sa volonté, et que je ne la confonde pas avec la mienne, ou pire avec celle de l’adversaire ! D’après son étymologie latine (ob-audire), elle provient d’un cœur qui sait écouter et mettre en pratique. L’évangile de ce dimanche nous présente un homme qui a su vivre pleinement l’obéissance : saint Joseph. Grâce à elle, il a su être un homme « juste », c’est-à-dire qu’il s’est sans cesse ajusté à la volonté de Dieu. Et grâce à cet ajustement, il a pu être d’abord un bon fils, puis un bon époux, et enfin un bon père.
Pour commencer, Joseph a été un bon fils. Dans l’évangile, l’ange l’appelle « fils de David ». Certes, ce titre est une façon de nous faire comprendre que Jésus est lui aussi un descendant de David, réalisant ainsi la promesse qui avait été faite au roi que son trône serait stable pour toujours (2S7,16). Mais cette appellation signifie davantage, si on sait que David se caractérise par sa crainte de Dieu et sa piété, et qu’on lui attribue tous les psaumes, même si on sait qu’il ne les a pas tous composés. Or, la crainte et la piété, les 2 premiers dons de l’Esprit Saint, signifient une vie entièrement tournée vers le Seigneur, à son écoute. David, excepté lorsqu’il pécha, n’entreprit rien sans demander d’abord l’avis du Seigneur. De même, Joseph est un homme obéissant. Quatre fois de suite, on le voit obéir à l’ange sans retard.
Pourquoi le Seigneur s’adresse-t-il à Joseph à travers des songes ? Notons d’abord qu’Il peut nous parler de multiples manières : lorsque nous sommes éveillés, ce peut être à travers un ange (cf Marie), un prophète (cf le roi Acaz, à qui Isaïe est envoyé), l’apparition d’un saint ou du Seigneur lui-même (cf sainte Thérèse d’Avila), ou tout simplement notre conscience… Mais le Seigneur utilise volontiers les songes (cf les patriarches Jacob puis Joseph, le prophète Daniel…) parce que dans le sommeil, l’homme baisse sa garde (c’est pourquoi beaucoup souffrent d’insomnies) et Il peut nous parler plus facilement et plus profondément. C’est aussi une manière de signifier qu’Il nous rejoint dans notre nuit, lorsque nous sommes dans l’incompréhension ou la souffrance.
Pour mettre en lumière l’obéissance de Joseph, observons le contre-exemple de son ancêtre, le roi Acaz. Au VIII° s. av. JC, face à la menace syrienne et samaritaine, il refuse d’écouter Dieu par l’intermédiaire d’Isaïe (1° lect.), préférant se fier à l’Assyrie plutôt qu’au Seigneur. Sa prétendue humilité cache en réalité un manque de foi. Peu après, les royaumes de Syrie et de Samarie seront détruits, et Juda subira à son tour la domination assyrienne.
Ensuite, Joseph a été un bon époux. Il aime tellement Marie qu’il décide « de la répudier en secret », alors qu’il aurait pu la dénoncer publiquement, ce qui aurait pu lui valoir la lapidation. Par ailleurs, sa décision reflète sans doute son humilité si on admet qu’il connaît la vérité, soit par la bouche de Marie, soit par sa connaissance des Écritures qui annonçaient : « Voici que la vierge est enceinte, elle enfantera un fils, qu’elle appellera Emmanuel » (Is 7,14). Quel que soit le motif de son acte, Joseph a dû beaucoup souffrir en renoncer à Marie, qu’il aimait profondément.
Mais dès que l’ange lui annonce que « l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint », il la prend « chez lui ». Nous pouvons imaginer sa joie et sa reconnaissance immenses, et en même temps son appréhension devant la mission unique qu’il va devoir accomplir. Les évangiles ne nous disent rien sur ses relations avec Marie, mais on peut les imaginer. Comme ils ont dû s’aimer ! L’amour entre deux êtres est d’autant plus fort qu’il est habité par l’amour de Dieu. En tout cas, Joseph a eu pour Marie un amour protecteur, et nous pouvons imaginer à quel point elle a dû apprécier sa présence en allant à Bethléem pour le recensement, ou en Egypte lorsqu’il fallut fuir…
Enfin, Joseph a été un bon père. Père non pas biologique, mais adoptif. Notons que n’importe quel père, comme lui, doit être accueilli dans la relation au départ fusionnelle entre la maman et son enfant. Quel est le rôle d’un père ? Essentiellement, il doit aider l’enfant à découvrir sa vocation et à se préparer pour l’accomplir. C’est pourquoi c’est son rôle de donner à l’enfant son nom, comme l’ange le dit à Joseph : « tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve), car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés ». D’emblée, Joseph sait quelle sera la mission de son fils, et il l’aidera à s’y préparer, notamment en lui enseignant la Torah (c’est le rôle du père, chez les Juifs). Il va aussi lui apprendre à être charpentier. N’oublions pas que chez les Juifs, les activités manuelles et spirituelles vont de pair. Le vrai sage n’est pas celui qui sait beaucoup de choses, mais celui qui sait se servir de ce qu’il a appris pour transformer le monde par son travail. Beaucoup d’illustres rabbins exerçaient des professions manuelles. Chez nous en France, héritiers des Grecs chez qui c’étaient les esclaves qui s’en chargeaient, nous avons malheureusement trop dénigré ces professions. Saint Benoît, au début du Moyen Age, avait révolutionné la société avec sa devise : « ora et labora ». Grâce à lui, des générations de moines ont transformé l’Europe en une terre riche et fertile.
Là encore, quel contraste avec le roi Acaz, qui immola son fils par le feu afin de s’attirer la bienveillance divine (2R 16,3) !
Ainsi Joseph a été un bon époux et un bon père parce qu’il a d’abord été un bon fils. C’est en obéissant au Père qu’il a pu être juste vis-à-vis de Marie, de Jésus, mais aussi de tous ceux qu’il a rencontrés. Aujourd’hui, beaucoup préfèrent ressembler à Acaz et faire alliance avec d’autres « puissances » que Dieu pour se diriger : les influenceurs d’internet et des réseaux sociaux, les gourous (le nombre de signalements de dérives sectaires a plus que doublé en France entre 2015 et 2024) ou tout simplement leurs propres pulsions… Mais ces GPS-là ne mènent qu’à la ruine. Apprenons à obéir au GPS de Dieu. Il est notre Guide qui nous montre le chemin vers le bonheur, notre Protecteur qui nous avertit des dangers, et notre Sauveur qui nous en tire si jamais nous y sommes « tombés ». À quelques jours de Noël, regardons Joseph : c’est grâce à son oui silencieux que le Fils de Dieu a pu venir habiter parmi nous. Saint Joseph, priez pour nous, afin que nous apprenions à obéir toujours mieux au Seigneur pour nous ajuster à sa volonté et accomplir notre propre mission !
P. Arnaud