Notre famille, foyer d’amour ?
Frères et sœurs, que peut nous apporter la Sainte Famille ? Dans notre société hyper individualiste, la famille reste un lieu privilégié pour beaucoup, comme en témoignent les fêtes de fin d’année où beaucoup se déplacent pour rejoindre la leur. Pour autant, la famille moderne est fragile, comme le manifeste le nombre de divorces, et elle ne ressemble pas à celles du passé. Les familles monoparentales et celles avec deux parents de même sexe côtoient celles plus « classiques », avec tout autour beaucoup de personnes seules et de couples sans enfants… Alors, la Sainte Famille serait-elle un modèle dépassé ? Non, au contraire, Joseph, Marie et Jésus peuvent tous nous aider, car ils forment un magnifique foyer d’amour, qui reflète quelque chose du mystère même du Dieu trinitaire : une communion de personnes dans le don réciproque. De ce foyer jaillit un feu qui peut illuminer notre intelligence et réchauffer notre espérance. A leur école, je vous propose de méditer sur le foyer d’une famille « classique », car je crois que même les autres pourront en tirer profit en transposant certains enseignements à ce qu’elles vivent. Dans ce foyer, plusieurs bûches brûlent : les deux plus grosses (au centre) représentent le père et la mère. Les plus petites (autour) symbolisent les enfants. Mais comme le buisson ardent qui brûlait sans se consumer (Ex 3,2), le feu de l’Esprit Saint ne détruit pas, il ne fait que produire la chaleur et la lumière de l’Amour. Méditons sur les différentes facettes de cet unique Amour, en voyant comment la Sainte Famille les a vécues.
Pour commencer, la famille est fondée sur l’amour mutuel d’un homme et d’une femme. Cet amour est premier à la fois dans le temps, mais aussi dans l’ordre des priorités : même lorsque les enfants naissent et grandissent, il doit toujours demeurer au cœur du foyer. Les époux qui cessent de se témoigner de l’amour pour se consacrer exclusivement à leurs enfants mettent en péril à la fois le couple et la famille elle-même. Pour un enfant, rien n’est plus constructif que de voir ses parents s’aimer. C’est pourquoi les couples doivent toujours continuer de prendre du temps pour eux-mêmes. Ils ne seront solides que s’ils s’établissent sur les deux piliers que sont la communication et le pardon. Pour communiquer et se pardonner, il leur faut prendre du temps et du recul par rapport à leurs enfants. Loin d‘être un abandon, ce type de « retraite » sera bénéfique à tous.
Joseph et Marie se sont beaucoup aimés. Avant même que Dieu intervienne directement dans leurs vies, ils s’étaient choisis l’un l’autre. Ils ont mis en pratique les exhortations de saint Paul aux Colossiens : « Vous les femmes, soyez soumises à votre mari ; dans le Seigneur, c’est ce qui convient.
Et vous les hommes, aimez votre femme, ne soyez pas désagréables avec elle » (2° lect.). Marie s’est soumise à Joseph non par crainte, mais avec respect et confiance. Joseph a aimé Marie non de manière possessive, mais avec générosité et esprit de sacrifice.
Après l’amour conjugal vient l’amour parental. Parlons d’abord de la mère, car c’est elle qui joue le rôle le plus important au départ. Pendant les premiers mois de sa vie, l’enfant vit dans une sorte de fusion avec sa maman. Celle-ci l’a nourri pendant 9 mois dans ses entrailles, et elle peut continuer de le faire ensuite avec son sein. Elle donne à l’enfant la tendresse dont il a besoin. Progressivement cependant, il faut que l’enfant apprenne à connaître le monde qui l’entoure. C’est le rôle du père, à qui la maman prend soin de donner une place dans le cœur de l’enfant, d’ouvrir les horizons de son enfant tout en le protégeant. Alors que la maman est la maîtresse du foyer, le papa est celui qui emmène l’enfant au-dehors et lui apprend à vivre dans la société.
Nul doute que Marie a donné à Jésus beaucoup de tendresse. Il suffit de contempler les icônes appelées justement « vierges de tendresse » pour en être persuadé. Quant à Joseph, il a appris à Jésus son métier de charpentier. Il l’a aussi protégé avec sa mère des dangers qui le menaçaient, en particulier du roi Hérode qui cherchait à le faire périr. Pour accomplir sa tâche, Joseph a su être à l’écoute du Seigneur. L’autorité dont il a su faire preuve envers sa famille, assez grande pour la faire se déplacer dans des conditions qu’on peut imaginer difficiles à chaque fois, il la recevait de Dieu, à qui il se soumettait lui-même. Dans l’évangile, nous pouvons admirer sa docilité et sa simplicité, signes non de faiblesse mais au contraire de force intérieure et de confiance. Il faut en effet être fort et confiant, pour accepter de changer ainsi de vie sans la moindre hésitation à plusieurs reprises.
Après l’amour conjugal et parental vient l’amour filial et fraternel. En grandissant, les enfants doivent apprendre à aimer d’abord leurs parents. Dans le Décalogue, il s’agit du 4ème commandement, le premier auquel est assorti une promesse : « Honore ton père et ta mère, afin d’avoir longue vie sur la terre que te donne le Seigneur ton Dieu. » (Ex 20,12) De même, le Siracide insiste sur ce commandement : « Celui qui honore son père obtient le pardon de ses fautes, celui qui glorifie sa mère est comme celui qui amasse un trésor » (1° lect.). Saint Paul le rappelle aussi : « Vous les enfants, en toutes choses écoutez vos parents ; dans le Seigneur, c’est cela qui est beau » (2° lect.). Quant à l’amour fraternel, toute la Bible y exhorte également, depuis le meurtre d’Abel par Caïn. Chacun doit prendre conscience qu’il est « le gardien de son frère » (Gn 4,9).
Jésus lui-même, cependant, n’a-t-il pas failli au commandement de l’amour parental ? Souvenez-vous de l’épisode du Temple, lorsqu’il avait 12 ans. Alors qu’il était parti à Jérusalem avec ses parents, il les avait laissés le chercher pendant 3 jours, s’attirant le reproche de Marie elle-même : « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme nous avons souffert en te cherchant, ton père et moi ! » Jésus avait alors répondu : « « Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne le saviez-vous pas ? C’est chez mon Père que je dois être.” Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait. » (Lc 2, 48‑50) Jésus n’a-t-il pas manqué de respect envers ses parents ? Ne méritait-il pas d’être puni comme s’il avait fait une fugue ? En réalité, Jésus a agi ainsi par amour de Marie et de Joseph. Il voulait leur permettre de passer d’un amour affectif à un amour plus spirituel, qui tiendrait compte non seulement de son origine humaine, mais aussi de son origine et de sa mission divines.
Par ailleurs, s’il est vrai que Jésus n’avait pas de frère de sang, il avait des cousins, et surtout des frères d’adoption, qu’il a su aimer de tout son cœur, jusqu’à leur donner sa vie.
Frères et sœurs, rendons grâce pour nos familles, même blessées ou incomplètes. Dieu y travaille toujours, souvent dans le silence. Là où l’amour semble s’éteindre, son Esprit peut rallumer une flamme. Le feu du foyer de Nazareth continue de brûler aujourd’hui : c’est le feu de l’Esprit Saint. C’est lui qui unit Joseph, Marie et Jésus ; c’est lui qui veut habiter nos maisons. Quand l’amour de Dieu manque dans une famille, et que seuls les liens humains restent, elle est en danger. Quand il est présent, au contraire, elle peut se fortifier et s’ouvrir aux autres. C’est cet amour qui fait de nous, chrétiens, une famille spirituelle : « celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur et une mère. » (Mt 12,50) Une famille qui s’aime devient un signe de Dieu pour ceux qui n’ont plus d’espérance. Sainte Famille de Nazareth, enseigne-nous la tendresse de Marie, la force de Joseph, et l’obéissance de Jésus. Que nos familles et notre Eglise deviennent des foyers où brûle l’amour de Dieu, des lieux de paix, de pardon et de joie. Amen.
P. Arnaud