Merci, pardon, s’il te plaît !
Frères et sœurs, comment bien commencer cette nouvelle année ? Je vous propose de le faire avec la Vierge Marie, la Mère de Dieu qui nous enseigne à dire « merci », « pardon » et « s’il te plaît ». Saint Luc nous dit à son sujet, après la venue à la crèche des bergers qui « racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de l’enfant », qu’elle « retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur ». Nous aussi, retenons tous les événements qui ont marqué l’année passée et méditons-les dans nos cœurs. Cela signifie que nous devons faire travailler notre mémoire afin de nous souvenir de ce qui a été important, en termes aussi bien de faits survenus que de paroles reçues (le mot dabar, en hébreu, signifie les deux à la fois). La Bible insiste souvent sur la nécessité de se souvenir, car l’homme a tendance à oublier, si bien qu’il ne peut profiter du passé pour améliorer sa façon de vivre le présent et préparer son avenir. Dieu, pour sa part, a une mémoire meilleure qu’un éléphant : l’expression « Dieu se souvint » revient comme un leitmotiv dans la Bible. Nous-mêmes, aujourd’hui, souvenons-nous des événements marquants de l’année 2025, d’abord des merveilles que le Seigneur a réalisées afin de lui dire « merci » et ensuite des péchés que nous avons commis afin de lui en demander « pardon ». En troisième lieu, nous compléterons notre prière par un « s’il te plaît », d’une part pour vivre davantage dans l’émerveillement des dons que le Seigneur nous prodiguera dans les 12 prochains mois, et d’autre part pour être plus vigilants et ne pas commettre à nouveau les mêmes péchés. Nous le ferons avec la Vierge Marie qui a su dire sans cesse « merci » au Seigneur (son Magnificat en est le symbole), « pardon » (elle-même est toute pure mais elle appelle Dieu son « Sauveur » – Lc 1,47 – et lui demande de nous pardonner), et « s’il te plaît » (elle intercède pour nous en lui présentant nos demandes).
Pour commencer, le souvenir des événements de l’année doit nous conduire à l’action de grâce et à la louange. Nous tendons à être aveugles et à nous plaindre en voyant le verre à moitié vide plutôt qu’à moitié plein. Nous ressemblons aux Hébreux dans le désert, qui « récriminèrent » souvent contre Dieu et contre Moïse[i]. Au contraire, les psaumes nous invitent sans cesse à remercier Dieu, comme celui que nous avons chanté tout à l’heure : « Que les peuples, Dieu, te rendent grâce ; qu’ils te rendent grâce tous ensemble ! » Prenons exemple sur les bergers qui, en repartant de la crèche, « glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, selon ce qui leur avait été annoncé ». Et prenons exemple sur la Vierge Marie, qui a chanté le Magnificat dans lequel elle se remémore non seulement ce que Dieu a fait pour elle, mais aussi pour son peuple au long de l’histoire (Lc 1,46-55).
Bien souvent, c’est seulement après coup que nous prenons conscience de l’action de Dieu dans nos vies, comme les pèlerins d’Emmaüs qui ne comprennent qu’à la fraction du pain que c’est le Christ qui les a accompagnés depuis Jérusalem et leur a ouvert l’intelligence au sens des Ecritures, rendant leur cœur « brûlant » (Lc 24,32). Jésus l’avait annoncé à ses disciples lors de son dernier repas : « le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit » (Jn 14,26). Un exemple parmi d’autres, la parole mystérieuse qu’il avait dite après avoir chassé les marchands du Temple : « détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai » que ses disciples se rappelèrent et comprirent après sa résurrection (Jn 2,22).
Dans son poème Ademar de Barros relit sa vie comme une marche sur le sable. Il reconnaît que le Christ l’a accompagné sans cesse mais il s’aperçoit que lors des moments les plus difficiles, il n’y avait plus qu’une seule trace de pas… Lui reprochant de l’avoir abandonné à ces moments-là, il l’entend lui répondre : « Mon ami, les jours où tu ne vois qu’une trace de pas sur le sable, ce sont les jours où je t’ai porté ! » Sachons reconnaître dans notre passé les moments où le Seigneur nous a portés …
Le souvenir des merveilles que le Seigneur a réalisées pour nous doit nous rendre plus sensibles au mal que nous-mêmes avons commis. C’est la lumière qui permet de voir la poussière… Aussi, souvenons-nous aussi de nos péchés. Il ne s’agit pas de nous culpabiliser pour perdre confiance en nous-mêmes, mais de faire la vérité pour nous permettre de progresser. Le psaume 50, que nous récitons tous les vendredis dans l’office, commence par ces mots : « Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché. Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi » (v.3&5). Prendre conscience de son péché n’est pas si évident car nous avons naturellement tendance à nous autojustifier et à accuser les autres, comme Adam qui accuse Eve (Gn 3,12) et Eve qui accuse le serpent (Gn 3,13). Pourtant, cette prise de conscience est source d’un immense bonheur : « Heureux l’homme dont la faute est enlevée, et le péché remis ! Heureux l’homme dont le Seigneur ne retient pas l’offense, dont l’esprit est sans fraude » (Ps 31,1-2) ! L’aveu de notre péché est libérateur parce que le Dieu en lequel nous croyons n’est pas d’abord un Juge, mais un Père plein de miséricorde : « Aussi loin qu’est l’orient de l’occident, il met loin de nous nos péchés » (Ps 102,8-12)
La Vierge Marie n’a pas eu à demander pardon pour elle-même, mais combien de fois a-t-elle dû reprendre les paroles de son fils : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34) !
En demandant pardon à Dieu, nous lui demandons en même temps de nous aider à ne plus refaire les mêmes péchés, comme l’exprime si bien la conclusion de l’acte de contrition : « Je prends la ferme résolution, avec le secours de Votre sainte grâce, de ne plus Vous offenser et de faire pénitence. » Notre ferme résolution est nécessaire, mais la grâce de Dieu également, et c’est elle que nous devons demander d’abord. C’est ainsi que notre « merci » et notre « pardon » nous conduisent naturellement au « s’il te plaît ». Celui-ci exprime deux réalités : d’une part notre désir, mais aussi (nous tendons à l’oublier) notre soumission confiante en Celui à qui nous l’adressons. Le « s’il te plaît » va de pair avec « s’il ne te plaît pas, je m’abandonne à ta volonté ».
La Vierge Marie nous montre d’abord cette parfaite soumission lorsqu’elle exprime son « fiat » à Dieu, au moment de l’Annonciation : « Qu’il me soit fait selon ta parole » (Lc 1,38), puisque je veux faire ce qui Te plaît. Plus tard, à Cana, elle exprime son désir à Jésus : « Ils n’ont pas de vin. » (Jn 2,3) intercédant pour les convives mais sans rien exiger, dans une parfaite confiance. De même nous aussi, lorsque nous demandons une chose au Seigneur, nous exprimons à la fois notre désir et notre abandon confiant. Nous savons que Dieu peut ne pas nous exaucer, ou plutôt qu’Il nous exaucera de la façon et au moment où Il le voudra. Lorsque Jésus a fait sa « fugue » au Temple à l’âge de 12 ans, nul doute que Marie a dû prier le Seigneur de l’aider à le retrouver, mais ce n’est que le troisième jour qu’elle fut exaucée, et sans comprendre le sens des paroles qu’il lui dit alors (Lc 2,50).
Frères et sœurs, quels sont les événements, les paroles, les personnes qui ont marqué ma route en 2025 pour lesquels je remercie le Seigneur ? De quoi est-ce que je souhaite lui demander pardon ? Quelle grâce est-ce que je lui demande pour vivre l’année 2026 le mieux possible ? Et quelles grâces est-ce que je lui demande pour les autres ? Pendant cette année, soyons encore plus proches de la Vierge Marie, car elle est non seulement la Mère de Dieu mais aussi notre Mère. Comme aux serviteurs des noces de Cana, elle nous dit à nous aussi : « Faites tout ce qu’il vous dira ! » (Jn 2,5) Acceptons de remplir jusqu’au bord les jarres que le Seigneur nous présentera. C’est ainsi que nous vivrons cette année dans la joie de notre union avec Dieu. Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous pauvres pécheurs ! Aidez-nous à entrer dans cette année avec un cœur reconnaissant, réconcilié et confiant, prêt à accueillir les merveilles que le Seigneur fera pour nous ! Amen.
P. Arnaud
[i] Même la manne que Dieu leur offrait gratuitement pour combler leur faim devint un sujet de plainte et ils se mirent à regretter « le poisson que nous mangions pour rien en Égypte, et les concombres, les melons, les poireaux, les oignons et l’ail » (Nb 11,5).