Gloire à Dieu au plus haut des cieux !
Frères et sœurs, cette nuit, tout est calme… et pourtant le monde vient de changer. Dans une grotte de Bethléem, un enfant vient de naître. Un cri traverse la nuit : c’est Dieu qui entre dans notre monde. Il se fait petit, fragile, dépendant. Son cri, c’est celui de l’amour qui mendie notre amour… Sommes-nous capables de nous en émerveiller ? L’émerveillement, c’est cette fenêtre que l’enfant ouvre sur le mystère : il ne cherche pas à comprendre, il se laisse saisir. Il y a 2000 ans, Dieu nous a offert le plus beau des cadeaux, son Fils bien-aimé. Avec lui nous avons reçu le salut (Jésus signifie Dieu sauve) et une présence avec nous pour toujours (Emmanuel signifie Dieu avec nous). Autrement dit, nous ne serons plus jamais seuls, le Christ est avec nous jusqu’à la fin du monde (Mt 28,20), nous comblant de sa présence et nous protégeant du mal. Même un ermite comme le fut saint Charbel (qui mourut la nuit de Noël), n’est jamais seul car il se sait avec Dieu. Il est avec nous, mais pas sous le mode de la vision, qui nous sera donnée après notre mort : ce jour-là, « nous serons semblables à lui car nous le verrons tel qu’il est » (1Jn 3,2). En attendant, il se donne à nous dans les Ecritures, dans notre prochain, dans la prière… et surtout dans le pain eucharistique. N’oublions pas que Jésus est né à Bethléem, la « maison du pain », et dans une mangeoire ! Il se donne, mais nous pouvons refuser de l’accueillir : comme « il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune », il n’y a parfois pas de place pour lui dans nos cœurs ! Mais si au contraire nous voulons l’accueillir, il se donne à nous d’une triple façon. Par la foi, il éclaire notre intelligence pour connaître Dieu et son dessein. Par l’espérance, il fortifie notre volonté pour marcher vers le Royaume. Par l’amour, il nous rassemble tous autour de lui.
Pour commencer, émerveillons-nous devant l’Enfant-Dieu qui, par la Foi, éclaire notre intelligence pour connaître Dieu et son dessein. « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. » (1° lect.) Les ténèbres sont le symbole de notre ignorance. Le philosophe Platon avait compris que nous vivions tous dans une caverne sans le savoir, que la lumière du soleil nous était cachée, et que seule la connaissance pouvait nous permettre de sortir au grand jour. Mais la raison est impuissante à découvrir seule la vérité, elle a besoin de la révélation de Dieu. Le Fils de Dieu s’est incarné parce qu’il est la Parole du Père (le Verbe fait chair) et pour nous donner l’Esprit qui nous guide « vers la vérité tout entière » (Jn 16,13). Mais pour le moment, il est un nouveau-né qui ne sait pas encore parler. Sans la parole, il nous enseigne que Dieu n’est pas l’Etre suprême dont nous devons avoir peur, Zeus courroucé prêt à lancer des éclairs et la foudre. Le Tout-Puissant se rend vulnérable, le Très-Haut gît sur le sol, Celui que les cieux ne peuvent contenir pourrait être écrasé par les sabots de l’âne ou du bœuf… Plus tard, Jésus exultera et dira, sous l’action de l’Esprit Saint : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. » (Lc 10,21) Il est le tout-petit par excellence, et il nous invite à nous abaisser avec lui. Comme le dira Jean : « Lui, il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue. » (Jn 3,30)
Dans nos maisons, c’est l’étoile placée au sommet du sapin qui symbolise la foi, une lumière qui nous guide vers le Seigneur comme elle a guidé les mages.
Ensuite, émerveillons-nous devant l’Enfant-Dieu qui, par l’Espérance, fortifie notre volonté pour marcher vers le Royaume. Il nous libère de toutes nos peurs. L’avenir est le chemin sur lequel le Fils de Dieu va marcher avec chacun d’entre nous. Jésus aurait pu être massacré dès son plus jeune âge par la furie d’Hérode, mais son Père l’a protégé jusqu’à « l’heure » où il a librement donné sa vie. « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? » (Rm 8,31) Dans un monde souvent inquiet, où tant doutent de l’avenir, la lumière de Bethléem n’a pas faibli. Elle brille dans le cœur des enfants de Dieu. A la place de la peur, l’Espérance du Royaume nous donne une force invincible. Le Christ nous a promis qu’il reviendrait un jour pour l’établir définitivement. Comme le prophète Isaïe l’a annoncé : « Le pouvoir s’étendra, et la paix sera sans fin pour le trône de David et pour son règne qu’il établira, qu’il affermira sur le droit et la justice » (1° lect.) Et d’ici là, il ne permettra pas que nous soyons éprouvés au-delà de nos forces. Mais avec les épreuves il nous donnera le moyen d’en sortir et la force de les supporter (1Co 10,13), comme le Père l’a fait pour Jésus.
Dans nos maisons, le sapin (dont les feuilles ne tombent jamais) est le symbole de notre espérance en la vie éternelle. Les guirlandes, avec leurs couleurs chatoyantes, et les boules, qui rappellent des fruits savoureux, complètent l’image du jardin d’Eden, du Paradis dans lequel nous désirons tous entrer.
Enfin, émerveillons-nous devant l’Enfant-Dieu qui, par l’Amour, nous rassemble tous autour de lui. Notre humanité est fragmentée par la haine et l’indifférence. Tant d’hommes et de femmes souffrent de la guerre et des conflits. Et tant d’autres souffrent de la solitude… L’Enfant de la crèche ne fait rien pour le moment, mais un jour, il se laissera clouer sur une croix car « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. » (Jn 15,13) Sur les icônes orientales, ses langes représentent déjà les bandelettes du linceul. Et dans nos églises, la couronne de l’Avent a symbolisé sa couronne royale, qui est aussi la couronne d’épines… Le roi Hérode craignait qu’il lui prenne son pouvoir, c’est pourquoi il a fait tuer tous les enfants de Bethléem, mais en fait, le Roi de l’univers ne veut régner que par l’amour. Notre humanité deviendra une seule famille lorsque nous accepterons de vivre dans l’amour, c’est-à-dire dans la grâce de Dieu qui « nous apprend à renoncer à l’impiété et aux convoitises de ce monde, et à vivre avec justice et piété. » (2° lect.)
La crèche avec tous ses personnages est un symbole de la fraternité à laquelle Dieu nous appelle : Marie et Joseph renvoient au peuple juif, les bergers aux pauvres et aux exclus, les mages aux riches, aux savants et aux étrangers, l’âne et le bœuf aux animaux… et tous les autres santons à notre humanité dans sa diversité, rassemblée avec les anges autour de Jésus.
Frères et sœurs, demandons à l’Enfant-Dieu la grâce de nous émerveiller devant lui non seulement ce soir mais tous les jours de notre vie. En se donnant à nous, il nous a fait le plus beau des cadeaux. A notre tour, offrons-nous nous-mêmes à lui en cultivant en nous les trois vertus théologales. Par la Foi, contemplons-le à l’œuvre dans le monde et dans nos existences. Par l’Espérance, marchons joyeux vers le Paradis. Par l’Amour, créons des liens toujours plus étroits avec lui mais aussi les uns avec les autres. Et partageons avec tous le cadeau que nous avons reçu. A la suite des anges et des bergers, proclamons par nos paroles et nos actes que « dans la ville de David, nous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur »… Seigneur Jésus, toi qui t’es fait petit enfant, apprends-nous à nous émerveiller, à croire, à espérer, à aimer. Fais de nous, en cette nuit sainte, des porteurs de ta lumière. C’est ainsi que d’autres pourront à leur tour s’émerveiller et louer Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime ! »
P. Arnaud