Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !

Frères et sœurs, pourquoi allons-nous rapporter des rameaux de buis chez nous après cette célébration ? Ils nous rappelleront pendant toute l’année celui qui a été accueilli à Jérusalem comme le « fils de David », celui qui est non seulement « le roi des Juifs » (comme il l’a reconnu devant Pilate) mais aussi celui de toutes les créatures. Ils nous rappelleront qu’il veut régner dans nos maisons et dans nos cœurs par l’humilité, par la vérité et par l’amour.

 

Pour commencer, les rameaux vont nous rappeler celui qui veut régner dans nos cœurs par l’humilité. Le buis n’est pas une plante majestueuse comme les branches de palmier qui sont devant l’autel, et nous n’en mettrons qu’une petite branche au-dessus de notre porte. Cela nous renvoie à l’humilité du Christ, manifeste depuis sa naissance dans une étable mais qui rayonne à nouveau particulièrement au moment de son arrivée triomphale à Jérusalem. Il n’y entre pas sur un grand cheval, mais sur un petit âne. On ne lui déroule pas le tapis rouge, mais on dépose devant lui des manteaux. Bientôt, les acclamations de la foule vont changer et devenir des cris de haine : « crucifie-le ! crucifie-le ! » Au lieu de juger ses sujets, comme le faisait Salomon ou comme le fera saint Louis au pied de son chêne dans la forêt de Vincennes, tout près d’ici, il sera jugé lui-même et condamné. Au lieu d’une magnifique couronne d’or et de diamants, il portera une couronne d’épines. Au lieu de porter les plus beaux vêtements, on le revêtira d’un manteau de couleur éclatante en signe de dérision, avant de le dénuder complètement. Au lieu de l’oindre avec les crèmes les plus douces, on le flagellera et on lui crachera dessus. Au lieu de l’installer sur une chaise à porteurs, c’est lui qui devra porter une lourde croix. Au lieu de l’asseoir sur un trône en métal précieux, il sera cloué sur une Croix.

Et nous, sommes-nous prêts à imiter celui qui s’est présenté lui-même comme « doux et humble de cœur » (Mt 11,29) ?

 

Ensuite, les rameaux vont nous rappeler celui qui veut régner dans nos cœurs par la vérité. Le buis est une plante sempervirente, c’est-à-dire qu’elle garde ses feuilles tout au long de l’année. Elle nous renvoie à celui qui a dit de lui-même qu’il EST la vérité (Jn 14,6), une vérité qui ne change pas en fonction des lieux et des époques. Notre société est malade du relativisme, elle confond vérité et sincérité, si bien qu’il y a des « saisons » pas seulement pou nos séries mais aussi pour nos croyances. Autrefois on considérait la vie comme sacrée du début jusqu’à son terme, mais aujourd’hui, elle est devenue une valeur relative, qui dépend des intérêts et des désirs des uns et des autres. On se méfie de la prétention à une vérité universelle parce qu’on craint l’étouffement des cultures ou des façons de penser personnelles. Mais l’évangile ne prétend pas écraser celles-ci, au contraire il les purifie et leur donne de produire le meilleur d’elles-mêmes. Le relativisme n’est pas nouveau, il existait déjà au temps de l’empire romain, qui avait su respecter les différentes cultures. Au moment de son procès, Jésus dit à Pilate : « Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. » (Jn 18,37) Mais Pilate lui répond, désabusé : « Qu’est-ce que la vérité ? » (v.38)

Et nous, sommes-nous prêts à chercher la vérité, à en vivre, et à en témoigner ?

 

Enfin, les rameaux vont nous rappeler celui qui veut régner dans nos cœurs par l’amour. Dans un peu moins d’un an, nous les rapporterons à l’église pour qu’ils soient brûlés et réduits en cendres. Cela nous rappelle que le Christ a donné sa vie pour nous. Il l’avait dit à ses disciples au moment du dernier repas : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » (Jn 15,13) Son amour resplendit tout au long de la Passion. Songeons au serviteur du grand prêtre, à qui un disciple (un autre évangéliste précise que c’est Pierre) a tranché l’oreille, et que Jésus guérit. Songeons à Pierre, encore lui, qui a renié 3 fois Jésus, et sur lequel celui-ci pose un regard tellement plein de tendresse que Pierre ne peut s’empêcher de pleurer amèrement ensuite. Songeons à tous les ennemis de Jésus, pour lesquels il prie sur la croix en disant : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. » (Lc 23,34) Songeons au malfaiteur crucifié à côté de lui, et à qui il fait cette étonnante promesse : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. » (Lc 23,43) Cet amour qui se donne aux hommes jusqu’à la mort n’est possible que parce que Jésus reçoit lui-même l’amour infini de son Père. Son cri déchirant « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt 27,46) renvoie à un psaume se terminant par une parole d’espérance qui se reflète dans sa dernière parole : « Père, entre tes mains je remets mon esprit.» (Lc 23,46) Mais Jésus ne se contente pas de l’amour de son Père, il désire le nôtre, c’est pourquoi il crie d’abord : « j’ai soif » (Jn 19,28).

Et nous, sommes-nous prêts à donner notre vie pour ceux que nous aimons, et d’abord pour celui qui a donné la sienne pour chacun d’entre nous ?

 

Ainsi, Jésus est bien « le roi des Juifs », comme Pilate le fera écrire au-dessus de sa tête sur la Croix. Mais sa royauté n’est pas de ce monde, le Christ veut régner en nos maisons et en nos cœurs par l’humilité, par la vérité et par l’amour. A chaque fois que nous nous abaissons au lieu de nous élever aux yeux des autres et de nous-mêmes, nous acclamons le Christ comme notre roi. A chaque fois que nous osons vivre selon la vérité et en témoigner, surtout lorsqu’elle peut nous occasionner des ennuis, nous acclamons le Christ comme notre roi. A chaque fois que nous aimons nos frères, même et surtout ceux qui nous ont fait du mal et à qui nous osons pardonner, nous acclamons le Christ comme notre roi. Mais à chaque fois que nous nous gonflons d’orgueil, nous re crucifions Jésus. A chaque fois que nous usons de mensonge ou que nous taisons la vérité, nous re crucifions Jésus. A chaque fois que nous refusons d’aimer et de pardonner, nous re crucifions Jésus. Et « Christ est en agonie jusqu’à la fin du monde », a écrit Pascal. Pendant les jours et les mois à venir, lorsque nous regarderons les rameaux accrochés à nos crucifix, rendons grâce à notre roi, crions-lui « hosanna » (« sauve-nous, de grâce ! ») et demandons-lui de nous aider à être ses fidèles serviteurs.

P. Arnaud