Viens Esprit Saint !

Frères et sœurs, qui est le Saint-Esprit ? Il est difficile de répondre à cette question car, contrairement aux deux autres Personnes de la Trinité, jamais on n’entend sa voix dans les Ecritures[i]. Il a fallu attendre 4 siècles avant que sa divinité soit proclamée solennellement (au Concile de Constantinople, en 381). Depuis, on professe qu’il est Seigneur et qu’il donne la vie; il procède du Père et du Fils. Avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire; il a parlé par les prophètes. Pouvons-nous en dire davantage ? On peut parler de l’Esprit à partir de ses symboles : le feu et le vent – manifestes dans le récit de la Pentecôte (1° lect.), l’eau, l’huile, la colombe… On peut aussi parler de l’Esprit à partir de son fruit, qui est « amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, humilité et maîtrise de soi » (Ga 5, 22‑23). Ou en énumérant ses 7 dons : la crainte, la piété, la science, la force, le conseil, l’intelligence et la sagesse (cf Is 11,2). Mais aujourd’hui, je vous propose d’évoquer le Saint-Esprit à partir du rôle qu’il joue à 4 niveaux, toujours plus larges, comme des poupées russes : l’âme, l’Eglise, l’humanité, et la création tout entière.

 

Premièrement, le Saint-Esprit est la vie de notre âme, notre Défenseur et notre Consolateur. On le voit clairement lors de l’apparition du Christ ressuscité à ses disciples le soir du premier jour de la semaine. Après leur avoir dit deux fois « la paix soit avec vous » pour exprimer son pardon, il souffle sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. » (év.) L’Esprit leur est donné pour les recréer, comme lorsque « le Seigneur Dieu modela l’homme avec la poussière tirée du sol et insuffla dans ses narines le souffle de vie » (Gn 2,7) et pour leur communiquer la miséricorde divine, dont ils sont les premiers bénéficiaires. S’il leur est donné non seulement de remettre les péchés mais aussi de les maintenir, c’est parce que personne n’est forcé d’accueillir le Saint-Esprit et le pardon qui l’accompagne. Mais en ceux qui le reçoivent, il agit comme un souffle bienfaisant. Il est « père des pauvres, consolateur souverain, hôte très doux de nos âmes, adoucissante fraîcheur. Dans le labeur, le repos… dans la fièvre, la fraîcheur… dans les pleurs, le réconfort » (Veni Sancte Spiritus). C’est pourquoi rien ne lui est comparable, et c’est lui avant toute chose que nous devons demander dans la prière, comme le Christ nous y invite : « Si vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! » (Lc 11,9-13)

 

Deuxièmement, le Saint-Esprit est la vie de l’Eglise. Ce n’est pas un hasard si dans les deux formes du credo, la seconde succède immédiatement au premier. Saint Paul, l’un des acteurs majeurs de l’évangélisation des premiers temps, a contemplé l’œuvre de l’Esprit dans l’Eglise naissante et il l’a comparée à un corps vivant : « Les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit… C’est dans un unique Esprit, en effet, que nous tous, Juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, nous avons été baptisés pour former un seul corps. Tous, nous avons été désaltérés par un unique Esprit. » (2° lect.) Le Saint-Esprit nous donne de vivre en communion les uns avec les autres, en mettant au service de tous les charismes que nous avons reçus. Contemplons la première communauté chrétienne : « Ils étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. Tous les croyants vivaient ensemble, et ils avaient tout en commun. Chaque jour, d’un même cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple, ils rompaient le pain dans les maisons, ils prenaient leurs repas avec allégresse et simplicité de cœur » (Ac 2,42-46) Quel bel exemple de communion fraternelle !

 

Troisièmement, le Saint-Esprit est la vie du monde. Il agit dans le cœur de tout homme, comme on le voit à nouveau dans les Actes des Apôtres où on assiste à 4 Pentecôtes : les deux premières à Jérusalem pour des Juifs (celle que nous venons d’entendre et une autre un peu plus tard lorsque les disciples sont menacés par les autorités), et les deux suivantes pour des païens, d’abord à Césarée (toujours en Palestine) puis à Ephèse en Asie mineure. Seule la seconde a concerné ceux qui étaient déjà disciples du Christ (c’est pourquoi, dans l’Eglise, on propose des parcours d’effusion de l’Esprit). Comme les Pères du Concile Vatican II l’ont souligné : « l’Esprit Saint offre à tous, d’une façon que Dieu connaît, la possibilité d’être associé au mystère pascal. » (Gaudium et Spes 22). Le jour de la première Pentecôte, tous les disciples « furent remplis d’Esprit Saint : ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit ». (1° lect.) Et l’Esprit agissait aussi dans le cœur de ceux qui les écoutaient et qui étaient « dans la stupéfaction et l’émerveillement ». Chacun les entend « dans son propre dialecte » car le langage de l’amour est universel et touche le cœur plus que l’intelligence. C’est donc grâce à l’Esprit d’amour que les apôtres purent toucher les cœurs.

 

Quatrièmement, le Saint-Esprit est la vie de toute la création. Dès le début de la Bible, on apprend que « le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux. » (Gn 1,2) Dieu a tout créé par sa Parole et par son Souffle, c’est pourquoi on dit que le Fils et l’Esprit sont les deux mains du Père. Comme nous l’avons chanté il y a quelques instants : « Tu reprends leur souffle, ils expirent et retournent à leur poussière. Tu envoies ton souffle : ils sont créés ; tu renouvelles la face de la terre. » (Ps 103) Notre société, après avoir trop longtemps ignoré les autres créatures, prend de plus en plus conscience des liens qui nous unissent à elles. N’oublions pas que « la création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu ! » (Rm 8,19) Et pour qu’advienne cette révélation, le Saint-Esprit joue un rôle majeur : il « vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. L’Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexprimables. » (v.26) En tant qu’hommes et femmes, nous pouvons intercéder non seulement pour nos frères et sœurs en humanité, mais aussi pour les autres créatures, que le Seigneur nous a confiées avec le premier de tous les commandements : « Soyez féconds et multipliez-vous, remplissez la terre et soumettez-la. Soyez les maîtres des poissons de la mer, des oiseaux du ciel, et de tous les animaux qui vont et viennent sur la terre. » (Gn 1,28) La soumission et la maîtrise évoquées ne devraient pas ressembler à celles d’un tyran, mais plutôt à celles de Dieu envers nous, Lui qui est notre Seigneur et notre Maître, et qui nous respecte infiniment ! Notre but, c’est de parvenir à cette harmonie annoncée par le prophète : « Le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira. » (Is 11,6)

 

Ainsi, frères et sœurs, c’est une grande joie de célébrer aujourd’hui notre Patron ! A la fin d’une de ses épîtres, saint Paul écrit : « N’éteignez pas l’Esprit » (1 Th 5,19) et dans une autre : « N’attristez pas le Saint Esprit de Dieu, qui vous a marqués de son sceau en vue du jour de votre délivrance. » (Ep 4,30) Le Saint-Esprit ne s’impose jamais, il est humble et discret. Alors, n’éteignons pas sa flamme dans nos cœurs et ne l’attristons pas. Au contraire, prions-le chaque jour et soyons attentifs à ses inspirations. C’est ainsi qu’il sera le Défenseur et le Consolateur de nos âmes, notre lien de Communion entre nous et avec tous les disciples du Christ, notre Souffle pour évangéliser le monde, et notre Guide pour refaire de notre planète, avec tous les hommes et femmes de bonne volonté, un jardin d’Eden.

P. Arnaud

[i] A l’exception d’une des dernières paroles de la Bible : « L’Esprit et l’Épouse disent : ‘Viens’ ! » (Ap 22,17)