Ressuscitons avec le Christ !

Frères et sœurs, vivons-nous comme des ressuscités ? La résurrection du Christ concerne non seulement le passé (comme événement culminant d’une longue préparation à laquelle les patriarches et les prophètes avaient participé, et que la sortie d’Egypte avait préfiguré) et l’avenir (elle annonce notre propre résurrection), mais aussi et surtout le présent. « Vous êtes ressuscités avec le Christ » (Col 3,1) nous dit saint Paul… à condition d’être morts avec lui. Dans le baptême, nous sommes morts et ressuscités avec le Christ, mais nous devons réaliser cette réalité sacramentelle dans notre vie quotidienne. Durant le carême, nous avons surtout cherché à mourir avec lui au vieil homme qui est en nous. Désormais, et pendant tout le temps pascal, nous sommes appelés à ressusciter avec lui. Qu’est-ce que cela signifie ? D’abord que nous ne devons pas avoir peur de la mort. Ensuite, que nous devons choisir la vie. Enfin que nous devons communiquer cette vie.

 

Pour commencer, le Seigneur nous invite à ne pas avoir peur de le suivre dans le tombeau. Certes, il ne s’y trouve plus, mais il y a véritablement demeuré pendant quelques heures. Nous préférerions sans doute ne pas nous en approcher, mais nous devons imiter les saintes femmes qui ont eu le courage de se lever tôt, comme nous ce matin 😉 pour aller embaumer Jésus qui avait dû y être déposé rapidement au moment où le sabbat allait commencer[i]. Mais les femmes sont « saisies de frayeur »  devant l’ange qui ressemble à un « jeune homme vêtu de blanc ». Elles ont peur non pas de lui, il n’est pas un monstre, mais du vide qu’elles rencontrent, alors qu’elles s’attendaient à trouver un cadavre. Elles ont peur de l’inconnu, comme on a peur du noir, source de danger potentiel. En fait, elles ont peur de la mort… Il est naturel et même sain d’en avoir peur, c’est ce qui nous permet de rester en vie, mais le Seigneur nous demande pourtant de toujours lui faire confiance, même lorsque nous sommes confrontés à la mort, celle des autres ou la nôtre. Souvenons-nous que « si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jn 12,24). C’est pourquoi l’ange dit aux femmes : « Ne soyez pas effrayées ! » Dans toute l’Ecriture, l’exhortation « N’ayez pas peur » revient comme un leitmotiv. Pendant tout ce Carême, nous avons cherché à surmonter notre peur du vide en renonçant à certaines de nos habitudes ou de nos biens, notre peur de souffrir et de mourir. Nous avons pu constater que le Seigneur ne nous a jamais abandonnés et notre confiance en lui a pu grandir. Nous ne cherchons pas à être immortels[ii]. Une vie immortelle pourrait être un véritable enfer. Ce que nous désirons, c’est la vie éternelle, la vie divine.

 

« Il vous précède en Galilée. Là vous le verrez ». Le Seigneur nous invite à choisir la vie, cette vie éternelle avec le Christ. Il n’est pas dans le tombeau, mais dans un lieu de vie, la « Galilée des nations » (Mt 3,15), une région où se côtoient beaucoup de cultures (elle est sur le passage d’une route très commerciale, la route de la mer) et même de religions (Juifs et non-Juifs), une sorte d’Ile de France de l’Antiquité. C’est là que Jésus a non seulement grandi mais aussi exercé l’essentiel de son ministère (souvent dans la ville de Capharnaüm). C’est là aussi que les apôtres vivaient et exerçaient leur métier avant qu’il les appelle. Jésus les invite maintenant à sortir de leurs propres tombeaux, du cénacle et de Jérusalem où ils se sont enfermés, pour aller le rencontrer dans le quotidien de leur vie. C’est au bord du lac de Galilée, après qu’ils auront repris leur métier de pécheurs, qu’il se fera reconnaître d’eux après une pêche miraculeuse et qu’il partagera avec eux un nouveau repas (Jn 21). Nous aussi, le Seigneur nous invite à sortir de nos tombeaux, de ces lieux de mort où nous nous complaisons parfois. Car à la tentation de fuir la mort, il existe la tentation symétrique de s’y complaire, comme le possédé qui « nuit et jour, était parmi les tombeaux et sur les collines, à crier, et à se blesser avec des pierres » (Mc 5,5)[iii]. C’est pourquoi Jésus a demandé à l’aveugle Bartimée: « que veux-tu que je fasse pour toi ? » (Mc 10,51) et à l’homme qui gisait depuis 38 ans près de la piscine de Bethzata : « Veux-tu être guéri ? » (Jn 5,6) Nous n’avons pas choisi de naître, mais nous devons choisir de vivre, comme Dieu l’avait dit à son peuple au désert : « je mets devant toi la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie, pour que vous viviez, toi et ta descendance » (Dt 30,19) Mêmes les amis de Dieu ont été tentés par la mort : Moïse[iv], Elie[v], Jonas[vi], Job[vii]… Mais pour chacun, le Seigneur a agi pour les sortir de leur « dépression ».

 

Que va dire Jésus à ses disciples une fois qu’ils l’auront rejoint en Galilée ? Saint Matthieu nous répond à la fin de son évangile : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé.» (Mt 28,19-20) Nous ne pouvons partager égoïstement la vie du Christ, nous voulons que nos contemporains le rencontrent aussi. Nous devons témoigner auprès d’eux de la Bonne Nouvelle en espérant qu’ils demanderont le baptême et chercheront à observer tout ce que le Christ nous a commandé. Marvin, Jacob et Samuel, si vous allez être baptisés dans quelques minutes, c’est notamment parce que vous avez rencontré le Christ dans certains de ses disciples. A votre tour, il vous appelle à témoigner de lui auprès de ceux que vous rencontrerez, pas seulement dans vos Galilées personnelles, mais dans le monde entier (Mc 16,15) en osant aller jusqu’aux périphéries, comme le pape François nous y invite si souvent. C’est ainsi que le feu de la Bonne nouvelle se propagera, comme celui qui s’est propagé à travers nos cierges au début de cette célébration. Comme le coronavirus qui peut tuer se transmet de corps en corps notamment par la bouche (d’où nos masques), la Bonne Nouvelle qui donne la vie éternelle se transmet de cœur en cœur aussi par nos bouches. Mais pour que nos paroles touchent les cœurs, elles doivent être accompagnées d’une façon de vivre à la manière du Christ, c’est pourquoi il nous demande d’apprendre aux nouveaux baptisés à observer tout ce qu’il nous a commandé. C’est d’autant plus important aujourd’hui que « l’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres»[viii] (pape Paul VI).

 

Frères et sœurs, le Christ est venu pour que nous ayons la vie en abondance (Jn 10,10). Il est ressuscité pour que nous ressuscitions avec lui, dès maintenant. Pâques signifie passage : de l’esclavage à la liberté, du péché à la sainteté, de la mort à la vie. Tout passage demande du temps (et le pape François a écrit que « le temps est supérieur à l’espace »[ix]), c’est pourquoi les Hébreux sont restés 40 ans dans le désert entre l’Egypte et la Terre Promise, et nous-mêmes avons passé 40 jours en carême. Désormais, tout comme les Hébreux en Terre Promise ont dû apprendre à vivre dans la fidélité à l’Alliance avec Dieu, notre traversée continue, et le temps pascal nous offre 50 jours pour apprendre à vivre comme des ressuscités. Pendant cette période qui va nous mener jusqu’à la Pentecôte, vivons pleinement au présent, sans peur de l’avenir et sans ressasser le passé, mais en communiquant la joie de vivre uni au Christ. Et relisons les Actes des Apôtres pour y contempler l’œuvre du Saint Esprit chez les premiers chrétiens. Comme eux, n’ayons pas peur de la mort, choisissons la vie et témoignons du Christ. Il est ressuscité, il est vraiment ressuscité, alléluia !

P. Arnaud

[i] Le soin donné aux morts est une des caractéristiques de l’humanité, tellement importante qu’Antigone préféra mourir elle-même que renoncer à offrir ce soin à son frère. Au début du premier confinement, on a interdit à beaucoup de le faire et cela a engendré de grandes souffrances…

[ii] Comme notamment les transhumanistes.

[iii] Certaines personnes qui ont perdu un proche restent enfermées dans leur souffrance, c’est pourquoi le deuil avait traditionnellement une durée fixée, afin de les aider à en sortir.

[iv] « Si c’est ainsi que tu me traites, tue-moi donc ; oui, tue-moi, si j’ai trouvé grâce à tes yeux. Que je ne voie pas mon malheur ! » (Nb 11, 15)

[v] « Elie marcha toute une journée dans le désert. Il vint s’asseoir à l’ombre d’un buisson, et demanda la mort en disant : “Maintenant, Seigneur, c’en est trop ! Reprends ma vie : je ne vaux pas mieux que mes pères.” » (1 R 19,4)

[vi] « Eh bien, Seigneur, prends ma vie ; mieux vaut pour moi mourir que vivre. » (Jon 4,3)

[vii] « Après cela, Job ouvrit la bouche et maudit le jour de sa naissance. » (Jb 3, 1)

[viii] Evangelii Nutiandi n°41

[ix] « Donner la priorité au temps, c’est s’occuper d’initier des processus plutôt que de posséder des espaces » (“Evangelii Gaudium” n°223)