Homélie du père Alexandre pour le dimanche 10 octobre 2021 :

Chers Frères et Sœurs, je voudrais mettre les pieds dans le plat dès maintenant. Je pense que nous avons tous en tête cet évènement marquant de l’histoire de l’Église en France : la remise du rapport de la CIASE (Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église). Cette actualité a évidemment influencé ma méditation et ma prière autour des textes, et donc mon homélie…

Tout d’abord, je souhaite dire que j’accueille à 100 % ce rapport sans mettre en doute le moindre témoignage, ni le sérieux du travail qui a été mené. Ce rapport est un service rendu à l’Église et sans doute à la société française toute entière. (D’ailleurs une commission équivalente a été créée cette année en 2021, par le gouvernement, pour la société civile : la CIIVISE)

Je voudrais assurer de mes prières toutes les victimes des abus et particulièrement celles qui souffrent encore d’un traumatisme. Je pense également à celles dont le traumatisme reste étouffé dans des blocages psychologiques et dont l’actualité médiatique vient remuer des choses en faisant ressurgir des souffrances. La souffrance, quelle qu’elle soit, mérite notre plus grand respect et une humble écoute…

La remise de ce rapport nous met au pied du mur d’une prise de conscience, et particulièrement nous, le clergé, de l’infiltration du mal dans les institutions : que ce soient ces personnes devenues des abuseurs ou bien ceux qui les ont couverts ! La prise de conscience est choquante, sidérante, insupportable… Et pourtant, la Vérité est une des exigences de l’Évangile. Et elle coûte cher cette vérité : elle nous coûte l’exemplarité, la légitimité, la réputation, la confiance, le respect, …

En méditant sur l’évangile du jour, j’ai vu en ce jeune homme riche l’image de l’Église qui doit encore se dépouiller de ce que je viens de citer, pour se purifier. Le jeune homme qui « devint sombre et [qui] s’en alla tout triste » est à l’image de notre Église qui a un travail colossal à accomplir, dès à présent.

« J’ai prié, et le discernement m’a été donné. J’ai supplié, et l’esprit de la Sagesse est venu en moi. » (1re lecture) Voilà un rappel qui tombe à pic, en ce temps difficile… Salomon nous rappelle que la sagesse se demande dans la prière, elle se mendie à genoux, elle se reçoit de Dieu, tout au long de la vie… Depuis que je médite sur ce texte, je prie non seulement pour recevoir moi-même la sagesse, mais également pour que tout un chacun demande et accueille continuellement la sagesse que Dieu seul peut donner. La sagesse pour gérer ses relations affectives ; la sagesse pour gérer les relations éducatives avec des enfants, de manière saine et sainte ; la sagesse pour gérer les relations interpersonnelles pour que la justice et la vérité passent avant la réputation et l’égo.

La 2e lecture, apporte également son grain de sel à notre méditation : « Elle est vivante, la parole de Dieu, énergique » ; mais aussi « plus coupante qu’une épée à deux tranchants ». La Parole de Dieu est fondamentale dans le développement de l’Église. Quand on regarde bien, elle est presque un personnage à part entière dans les Actes des Apôtres (et du même coup, le personnage principal du récit). Dans les temps de crise, il est bon de revenir aux fondamentaux ! C’est la Parole qui « juge des intentions et des pensées du cœur » : Elle ne doit pas être dévoyée ! Il nous faut l’étudier vraiment, en profondeur, dans la tradition de l’Église, pour ne pas se laisser aveugler par des interprétations dévoyées ou instrumentalisées, ou des interprétations personnelles restreintes, ou encore des interprétations qui justifient le mal… La Parole est vivante : « Pas une créature n’échappe à ses yeux […] ; nous aurons à lui rendre des comptes. »

La Parole est vivante parce qu’elle s’est faite chair en Jésus, le logos incarné. Voici ce que nous dit le majestueux prologue de l’évangile selon Saint-Jean :

« [La Parole] était au commencement auprès de Dieu. […] En [elle] était la vie, et la vie était la lumière des hommes. » (Jn 1, 2-4)

Et plus loin :

« La lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu. » (Jn 3, 19-21)

Ces versets n’ont jamais autant résonné dans mon cœur que ces temps-ci. La vérité a été mise en lumière et les œuvres de ceux qui font le mal ont été dénoncées. Et cela est juste ! C’était nécessaire !

Chers Frères et Sœurs, à la lumière des textes que la liturgie nous propose, je nous invite à être des faiseurs de vérité. Non pas à chacun sa vérité, celle qui nous sécurise dans nos idées, non… La Vérité qu’est le Christ, celle qui est en même temps Chemin et Vie. Alors c’est sûr, la Vérité n’est pas fixe et statique, elle se trouve dans un cheminement et se garde dans une relation vivante au Christ et à l’Évangile (c.f. Évangile du jour).

Il nous faut nous ré-engager dans l’approfondissement de la Parole de Dieu dans nos vies. Il nous faut devenir des lecteurs assidus de la Parole de Dieu. Il nous faut devenir des amoureux de la Parole de Dieu. Il existe des Nouveau Testament format poche, plus petit qu’un smartphone, que l’on peut garder en permanence dans sa poche. On peut garder ouvert une Bible en permanence dans notre salon, et y jeter un œil régulièrement. On peut lire quelques versets lorsque l’on s’ennuie dans une file d’attente, au lieu de nous jeter sur les réseaux sociaux. On peut faire encore plein d’autres choses pour mettre la Parole dans nos vies

Bref, à chacun sa manière de mettre les Paroles de Vie de l’Évangile au cœur de sa vie, afin de faire croître à nouveau la sainteté dans sa vie personnelle et dans l’Église. Ainsi, nous re-ferons de cette Église, de notre Église, une maison sûre, surtout pour les petits.

Amen.