Ne craignez pas !
De quoi avons-nous peur, frères et sœurs ? L’avenir peut nous paraître sombre : le pouvoir d’achat s’érode, la violence s’invite jusque dans nos villes, le monde se réchauffe, les machines prennent de plus en plus le pas sur les hommes, les personnes âgées sont menacées par la loi mortifère qui risque d’être votée bientôt… Les sondages le confirment chaque mois : les Français comptent parmi les peuples les plus inquiets pour leur avenir. Il est normal d’avoir peur : l’homme est fragile, et il le sait. De plus le croyant est encore plus confronté aux menaces car témoigner de sa foi expose à des oppositions parfois farouches, jusqu’à mettre sa vie en jeu. Voilà pourquoi Dieu nous exhorte si souvent dans la Bible : « ne craignez pas ». Aujourd’hui, Jésus le répète trois fois dans le même Évangile. Mais il va plus loin : après avoir annoncé à ses disciples les persécutions qui les attendent, il les appelle à témoigner de lui, et les invite pour cela à une triple attitude : courage face au monde, vigilance par rapport à Satan, et confiance en Dieu.
Pour commencer, le Christ, juste après avoir annoncé à ses disciples les persécutions qui les attendent, les exhorte au courage face au monde : « Ne craignez pas les hommes… Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme ». Aujourd’hui, il n’est pas toujours facile d’avoir des convictions profondes. Tout semble provisoire : les opinions, les engagements, parfois même les relations. Pourtant, le Christ nous appelle à demeurer fidèles.
Prenons des exemples. Dans l’Ancien Testament d’abord, le prophète Jérémie a dû affronter aussi bien les calomnies de la foule que la trahison de ses amis (1° lect.) Il est toujours resté fidèle au Seigneur, se souvenant de la parole qu’Il lui avait adressée au moment de sa vocation : « Ne les crains pas, car je suis avec toi pour te délivrer – oracle du Seigneur. » (Jr 1,8)
Prenons un exemple dans le Nouveau Testament, celui de Pierre. Il a souvent su faire preuve de courage : lors d’une tempête sur le lac de Tibériade, il est sorti de la barque pour marcher sur l’eau vers Jésus (Mt 14,28) ; au moment de la Cène, il a promis à Jésus : « même si tous viennent à tomber à cause de toi, moi, je ne tomberai jamais. » (Mt 26,33) ; plus tard il a frappé le serviteur du grand prêtre (lui coupant l’oreille droite) pour protéger son maître (Jn 18,10). Pourtant, Pierre a ensuite renié trois fois Jésus devant une simple servante. Il n’avait pas compris la parole solennelle de Jésus pendant cette même Cène : « Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés pour vous passer au crible comme le blé » (Lc 22,31). Nous arrivons ainsi à notre seconde étape.
Pour témoigner de notre foi, le courage face au monde est nécessaire, mais pas suffisant. Il faut lui associer la vigilance par rapport au diable. Jésus nous avertit : « craignez celui qui peut faire périr dans la géhenne l’âme aussi bien que le corps ». Voilà le véritable adversaire – non pas un rival qui nous combat de front, mais un tentateur qui s’insinue, qui fausse le jugement et travestit le bien en mal sans que nous nous en apercevions : « l’enfer est pavé de bonnes intentions ». C’est ainsi qu’il parvient à pervertir jusqu’à des convictions sincères, en les détournant vers la violence et la haine : combien de personnes, aujourd’hui, se laissent corrompre sur les réseaux sociaux par des messages mensongers ? Le mal qu’ils commettent alors reste leur acte, et leur responsabilité n’est pas effacée, mais elle est diminuée par la manipulation dont ils ont été victimes, à laquelle renvoie la parole du Christ en croix : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34).
Le Christ lui-même n’a pas cessé de manifester sa supériorité sur cet adversaire : il l’a repoussé au désert, expulsé du corps des possédés, et finalement vaincu sur la Croix. Les saints ont fait de même : le curé d’Ars et le Padre Pio, deux grands confesseurs, ont livré avec lui des combats à la fois physiques et spirituels. Nous-mêmes devons rester vigilants, car le tentateur ne s’attaque pas qu’aux faibles. Reprenons l’exemple de Pierre, à Césarée de Philippe : à peine venait-il de confesser sa foi en Jésus, Messie et Fils de Dieu, qu’il voulut ensuite l’empêcher d’accomplir la volonté du Père – s’attirant cette réponse : « Passe derrière moi, Satan ! […] tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes » (Mt 16,23). Souvenons-nous aussi de Judas. Personne n’est à l’abri : même les intentions et les vocations les plus généreuses peuvent un jour s’égarer si la vigilance se relâche.
Pour témoigner de notre foi, le courage face au monde et la vigilance par rapport au diable sont nécessaires, mais pas suffisants. En effet, nous sommes de pauvres pécheurs, et il nous arrive de manquer de courage ou de vigilance. C’est pourquoi nous devons cultiver aussi la confiance dans le Seigneur. D’abord, Il nous soutient dans le combat. Jérémie s’écrie : « le Seigneur est avec moi, tel un guerrier redoutable : mes persécuteurs trébucheront, ils ne réussiront pas. » (1° lect.) Il en est si sûr qu’il ajoute, comme s’il prédisait son avenir : « Chantez le Seigneur, louez le Seigneur : il a délivré le malheureux de la main des méchants. » Et Jésus ajoute : « pas un seul moineau ne tombe à terre sans que votre Père le veuille. Quant à vous, même les cheveux de votre tête sont tous comptés. » Ainsi il ne nous dit pas simplement : « n’ayez pas peur », il nous donne une raison de ne pas avoir peur : nous sommes connus et aimés de Dieu. Aucun détail de notre vie ne lui échappe. Nos combats, nos blessures, nos découragements ne lui sont pas étrangers.
Mais que se passe-t-il si, malgré l’aide du Seigneur, nous le renions ou le trahissons ? Eh bien il nous est toujours possible de nous repentir. Paul écrit aux Corinthiens : « il n’en va pas du don gratuit comme de la faute » (2° lect.) et un peu plus loin : « là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé. » (Rm 5,20) Toute l’histoire de Pierre en est la preuve. Après son triple reniement, il a pleuré son péché et découvert que la miséricorde du Christ était plus forte que son infidélité. Le Seigneur ne lui a pas demandé : « Pourquoi m’as-tu trahi ? », mais : « M’aimes-tu ? » Et Pierre est devenu le pasteur de l’Église et un témoin fidèle au Christ jusqu’au martyre.
Frères et sœurs, les raisons d’avoir peur ne manquent pas aujourd’hui. Mais les raisons d’espérer sont plus grandes encore. Le Christ ressuscité n’a pas quitté son Église. Il demeure avec nous. Et sa présence est plus forte que toutes les menaces qui pèsent sur notre vie et sur notre monde. Alors avançons sans peur, non parce que nous sommes forts, mais parce qu’il est fidèle. Prenons exemple sur les saints, en particulier sur Pierre. Bien qu’il a souvent eu peur (au point de s’enfoncer un jour dans la mer alors qu’il marchait vers Jésus), il a su faire preuve de courage, notamment face aux autorités juives après la Pentecôte : « il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5,29) ; il a appris à être vigilant par rapport à Satan : « Soyez sobres, soyez vigilants : votre adversaire, le démon, comme un lion qui rugit, va et vient, à la recherche de sa proie » (1P 5,8) ; il a surtout appris à faire confiance, et nous y invite également : « Déchargez-vous sur lui de tous vos soucis, puisqu’il prend soin de vous. » (1 P 5,7) Alors, disons simplement avec lui : « Seigneur, délivre-nous de nos peurs et apprends-nous à te faire confiance ! »
P. Arnaud