Pierre est quand même un sacré loustic… Il est capable d’avoir des intuitions et des
réactions extraordinaires : « Tu es le Christ. » Et quelques instants après, il se fait
reprendre par Jésus au point d’être qualifié d’adversaire : « Satan ». Pierre semble réussir
par moments à se laisser saisir par l’Esprit-Saint, ce qui lui vaut des révélations qui
viennent de Dieu le Père lui-même ; et à d’autres moments il réfléchit tout seul, ne
comprend vraisemblablement pas très bien les choses, et se prend les pieds dans le tapis.
Dans l’évangile d’aujourd’hui, lorsque Pierre affirme que Jésus est le Messie, « le Christ »,
c’est une affirmation très osée, parce que l’attente du Messie est l’une des choses
essentielles de la vie de foi des juifs de l’époque (et encore aujourd’hui d’ailleurs). Et
chose plus extraordinaire encore, Jésus ne refuse pas le titre de « Christ ». Deux
surprises en l’espace de quelques secondes, les autres disciples présents ont dû bondir
en entendant ces révélations ! Et ce n’est pas tout ! Les auditeurs ne sont pas au bout de
leurs peines, parce que si Jésus est bien le Messie attendu, il n’est pourtant pas comme
on l’attend. On attend un Messie fort qui va rassembler le peuple pour la révolte et bouter
hors d’Israël l’occupant romain. Et Jésus annonce qu’il doit souffrir beaucoup, être rejeté et
mourir… Quel scandale pour une oreille juive qui a les espérances de son temps !… Sans
doute que Pierre a dû reprendre ses esprits en entendant cela, et dans la compréhension
de sa foi juive il ne peut accepter que le Messie souffre, soit rejeté, ou meurt… Il nous faut
vraiment nous rendre compte du choc que cela a dû être pour les disciples de Jésus à
l’époque. Pour nous c’est facile parce que nous voyons partout des Christ en croix et au
catéchisme on apprend que Jésus est mort et ressuscité. Cela fait partie non seulement
de notre enseignement religieux de base, mais aussi de notre culture. Pour les premiers
disciples de Jésus à l’époque, c’est tout nouveau, cette révélation remet véritablement en
question leur système de croyances. Cela donne quelques circonstances atténuantes pour
excuser Pierre de son incompréhension…
Cela dit, ce petit dérapage de Pierre nous montre que nous sommes toujours susceptibles
de glisser et de tomber sur notre chemin de foi, sur notre chemin de vie. Il est bon de se
rappeler ceci, et de réveiller notre vigilance spirituelle. Ce n’est pas parce que nous
sommes parfois particulièrement en communion avec Dieu, au point de ressentir l’action
de l’Esprit-Saint dans nos vies, que nous sommes à l’abri des tentations à la facilité que le
tentateur arrive à glisser subtilement dans nos vies. Restons vigilants, la chute est toujours
possible, mais n’ayons pas peur pour autant.
N’ayons pas peur de tomber, c’est comme ça que l’on apprend à marcher. Apprendre à
marcher, dans notre vie spirituelle, c’est apprendre à mettre en œuvre la parole de Dieu
dans nos vies. Dans la 2e
lecture, l’apôtre Saint Jacques nous rappelle l’importance de
mettre en œuvre la foi que nous avons. Le psalmiste nous dit comment il met en œuvre sa
foi : « Je marcherai en présence du Seigneur sur la terre des vivants. » « J’aime le
Seigneur : il entend le cri de ma prière ; il incline vers moi son oreille : toute ma vie, je
l’invoquerai. » À l’école de la parole de Dieu, nous pouvons distinguer ces 2 manières de
mettre en œuvre sa foi : Avec Saint-Jacques, bien agir dans le monde avec charité (on
peut appeler ça la vie morale) et avec le psalmiste, l’interaction continuelle avec Dieu (cela
s’appelle la vie de prière).

Frères et sœurs, gardons en mémoire le reproche que Jésus fait à Pierre : « Tes pensées
ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ». Avant d’agir dans le monde ou
dans notre prière, nous pourrions nous poser cette question : est-ce que mes pensées
sont celles de Dieu ou celle des hommes ? Comment est ce que Dieu ferait à ma place ?
Quelles seraient les pensées de ce Dieu qui nous aime comme un père ? Pas simple de
répondre à ces questions, j’en conviens. On ne peut jamais savoir quelles sont clairement
et précisément les pensées de Dieu, ça se saurait. Les voies de Dieu sont impénétrables
paraît-il. Mais rien n’empêche les croyants que nous sommes de chercher l’attitude qui
convient le mieux à notre nom de chrétien, cette attitude c’est l’attitude du Christ, c’est
l’attitude de Dieu. Se demander ce que Dieu ferait à notre place, au fond, c’est une
manière de chercher Dieu, c’est une manière de se rapprocher de Dieu : parce que ça
nous oblige à nous décentrer de nous-mêmes, de notre pensée humaine, et ça nous invite
à aller chercher des réponses ailleurs : dans la parole de Dieu par exemple, le
catéchisme, la prière, l’accompagnement des frères, etc.
À la suite de tant et tant de chrétiens, gardons courage dans notre recherche de Dieu.
Nous avons toujours un peu de mal à le découvrir, c’est normal, mais nous pouvons être
sûrs que Lui vient à notre rencontre : Toute l’Histoire Sainte consignée dans la Bible
témoigne de ce Dieu qui ne veut pas perdre contact avec son peuple et qui cherche à
toujours plus se révéler à lui, tout en prenant soin de sa liberté et avec pédagogie.
Aujourd’hui encore, Dieu vient à nous de multiples manières ; et tout particulièrement dans
cette Eucharistie que nous célébrons tous ensemble, réunis au nom de Jésus, il vient se
faire présent au milieu de nous : à nous de le voir dans la foi, avec les yeux de notre cœur.
Profitons de ce silence pour lui redire notre amour et notre désir de toujours plus le
rencontrer, pour préparer notre cœur à communier à Jésus-Eucharistie, communier à la
vie même de Dieu !

Abbé Alexandre COUSTHAM