Une petite vidéo introductive: https://youtu.be/3pu41hfaLcM

 

Quelques exemples de ce don dans la Bible: La connaissance

 

Présentation

« Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » (Gn 3,5) C’est par ces mots que le serpent de la Genèse a tenté Eve, qui s’est laissée tromper. Au lieu d’acquérir l’omniscience qu’elle désirait, sa connaissance a été obscurcie, et la nôtre ensuite, à tel point que l’homme en est venu à confondre parfois le bien et le mal. Contrairement à ce que le serpent a insinué, Dieu, qui seul est omniscient, désire nous transmettre sa connaissance. Seulement, Il ne le fait pas à la façon du serpent, selon le mode magique du « tout, tout de suite », mais par un lent apprentissage. Pourquoi ? Parce que la connaissance ne touche pas seulement notre intelligence mais aussi notre volonté et nos passions, et doit donc s’accompagner de la transformation de tout notre être. Con/naître, c’est naître avec.

Aussi, le Seigneur nous a transmis petit à petit la connaissance, d’abord par les patriarches, les prophètes et les sages de l’Ancient Testament, puis par son Fils lui-même : « Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. » (Jn 15,15) Après l’Ascension au ciel du Christ cependant, Dieu continue de nous enseigner : « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière » (Jn 16,12‑13) avait dit Jésus à ses disciples au moment de la dernière Cène. Grâce à l’Esprit, qui nous offre le don de connaissance, nous nous approchons toujours plus de la Vérité.

Cette vérité ne concerne pas seulement Dieu, mais aussi le monde. A l’aide de sa foi mais aussi de sa raison, un chrétien se doit de connaître non seulement les Ecritures, mais aussi les sciences et l’actualité. Karl Barth, un théologien protestant, disait que nous devrions avoir la bible dans une main et le journal dans l’autre.

La connaissance de ce qui se passe dans le monde pourrait nous écraser, nous déprimer, et ce n’est pas un hasard si la béatitude de ceux qui pleurent est associée au don de connaissance. Mais justement, il est dit : « Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. » (Mt 5,4). C’est pourquoi le don de connaissance est relié à la seconde vertu théologale, l’Espérance.

 

Développement

L’homme désire connaître la Vérité. Ce désir est si profondément inscrit en lui que c’est par là que le serpent de la Genèse l’a tenté: « Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » (Gn 3,5). Mais en l’écoutant, l’homme s’est au contraire éloigné de la vérité. Le Verbe de Dieu, après cette chute, n’a eu de cesse de l’éclairer afin de lui permettre de connaître réellement cette vérité « qui nous rend libres » (Jn 8,32) Mais contrairement au serpent qui promettait un résultat immédiat et parfait, le Christ a promis “du sang et des larmes” (allusion au discours de Churchill aux Anglais au début de la 2nde guerre mondiale): « Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière » (Jn 16, 13), sous-entendu à travers un cheminement long et difficile. Jésus a dit aussi: « je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,6) et il n’a pas caché que pour suivre ce chemin, il fallait renoncer à soi-même et prendre sa croix (Mt 16,24). La connaissance promise par le Seigneur n’est donc pas une connaissance intellectuelle superficielle, elle est de l’ordre de l’être, comme le suggère le mot français: con/naître, naître avec. C’est aussi le sens du mot connaître en hébreu (Yada) employé d’abord pour la relation intime d’un homme et de sa femme. « Adam connut Eve,  elle devint enceinte, et elle mit au monde Caïn.»(Gn 4,1)

Il vaut mieux connaître peu mais en profondeur que beaucoup de façon superficielle. St Ignace disait que « ce qui satisfait l’âme, c’est de sentir et de goûter les choses intérieurement ». Et la philosophe Simone Weil disait qu’il valait mieux étudier seulement 20 minutes avec toute son attention, que plusieurs heures avec un esprit fatigué.

 

Aujourd’hui, nous vivons avec plus de connaissances que dans tous les temps passés. L’informatique nous permet d’en stocker un nombre incalculable, auxquelles on peut facilement accéder (merci Google). Mais nos connaissances, au lieu de nous acheminer vers la sagesse (le prochain don qui sera analysé), nous en éloignent souvent. Au lieu de nous in/former en profondeur, tendent parfois à nous dé/former ou à rester à l’état de bouillie informe et indigeste. Et lorsque nos connaissances sont organisées par les sciences, celles-ci tendent aussi parfois à la folie. « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » (Montaigne). Que dire des tentatives actuelles pour permettre à l’homme d’obtenir tout ce qu’il désire. Non seulement on peut  facilement changer de sexe, mais on cherche maintenant à implanter des utérus sur l’homme !

 

Parmi les docteurs de l’Eglise, certains sont de grands intellectuels, comme saint Augustin, mais d’autres étaient analphabètes, comme sainte Catherine de Sienne… A la fin de sa vie, saint Thomas d’Aquin écrivit que tout ce qu’il avait écrit (un immense trésor pour l’Eglise) n’était que « paille » en comparaison de la connaissance qu’il retirait de son intimité avec le Christ (il allait jusqu’à mettre sa tête dans le tabernacle !)

 

La connaissance sans amour (et donc sans sagesse) enfle d’orgueil, comme l’écrit Paul : « Pour ce qui est des viandes immolées aux idoles, nous avons tous la science, c’est entendu. Mais la science enfle ; c’est la charité qui édifie. » (1 Co 8,1) Et donc, « j’aurais beau avoir toute la science des mystères et toute la connaissance de Dieu, s’il me manque l’amour, je ne suis rien. » (1 Co 13,2)  Les démons sont les premiers à reconnaître que Jésus est le Fils de Dieu (cf Mc 1), mais leur connaissance est sans amour.

Au XIX° siècle, beaucoup de scientifiques étaient devenus orgueilleux, estimant que leur savoir allait finir par tout expliquer (d’où en corollaire le discrédit de la foi, assimilée à l’ignorance et à la superstition). Deux siècles plus tard, la situation a évolué. Non seulement la science n’a pas su tout expliquer, mais elle reconnaît même que certaines réalités relèvent des probabilités et du hasard (cf la mécanique quantique) ! Le vrai savant est comme le vrai croyant: en s’approchant de la Vérité, l’un à travers la science et l’autre à travers la foi, ils prennent conscience qu’ils savent peu de chose. La vérité ne peut être saisie, c’est elle qui doit nous saisir puisqu’elle est une Personne, le Christ (cf Jn 14,6). Aussi Paul peut-il écrire : « Certes,  je n’ai pas encore atteint la perfection, mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir, puisque j’ai moi-même été saisi par le Christ Jésus. » (Ph 3,12)

La Vérité étant une, aussi bien les efforts des scientifiques que ceux des théologiens sont précieux, et nous devons écouter les uns et les autres.

 

Remarquons d’ailleurs que pour accomplir les missions reçues de Dieu, les connaissances humaines peuvent être très utiles. Ce n’est pas un hasard si Moïse a été choisi par Dieu, lui qui connaissait à la fois les Hébreux (il a été d’abord allaité par sa mère), l’Egypte (où il passa les 40 premières années de sa vie), et le désert (où il passa les 40 années suivantes après avoir fui Pharaon).

 

Einstein était humble. Jérôme Lejeune, quant à lui, aurait pu obtenir de multiples reconnaissances internationales tant il était reconnu comme un grand scientifique. Mais parce qu’il préféra mettre ses connaissances au service des plus petits (les personnes atteintes de la trisomie 21, particulièrement celles qui étaient encore à naître dans le sein de leur mère), il fut rejeté par beaucoup de ses pairs.

 

C’est pourquoi le croyant ne peut se contenter de connaître la bible (même si c’est nécessaire et salutaire). Il doit aussi connaître le monde dans lequel il vit pour y discerner les signes des temps.

Ecoutons le Christ : « S’adressant aux foules, Jésus disait : “Quand vous voyez un nuage monter au couchant, vous dites aussitôt qu’il va pleuvoir, et c’est ce qui arrive. Et quand vous voyez souffler le vent du sud, vous dites qu’il fera une chaleur torride, et cela arrive. Hypocrites ! Vous savez interpréter l’aspect de la terre et du ciel ; mais ce moment-ci, pourquoi ne savez-vous pas l’interpréter ? » (Lc 12,54-56)

Les scribes et les pharisiens connaissaient par cœur les Ecritures, mais beaucoup furent incapables de reconnaître ces signes, et de reconnaître en même temps le Messie. De même, les foules connaissaient bien la terre où elles vivaient mais beaucoup ne surent pas le reconnaître.

Nicodème, lui aussi, sut reconnaître en Jésus le Messie, mais il lui fallut du temps. La première fois qu’il vint rencontrer Jésus, c’était « de nuit », afin de ne pas être vu des autres pharisiens. (Jn 3,2) Et Jésus, après avoir évoqué la renaissance dans l’Esprit, qu’il ne comprend pas, ironise sur ses connaissances qui restent superficielles : « Jésus lui répondit : Tu es un maître qui enseigne Israël et tu ne connais pas ces choses-là ? » (Jn 3,10)

La Vierge Marie, elle, possédait moins de connaissances que les scribes et les pharisiens, mais ce qu’elle connaissait était profondément inscrit en elle: « Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. » (Lc 2,19) Pour elle, l’expression “connaître par cœur” avait du sens…

 

L’un des documents les plus importants du concile Vatican II, intitulé Gaudium et Spes, commence ainsi : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. » (§1)

Pour parvenir à accomplir sa mission, l’Eglise doit scruter les signes des temps :

« Aucune ambition terrestre ne pousse l’Église ; elle ne vise qu’un seul but : continuer, sous l’impulsion de l’Esprit consolateur, l’œuvre même du Christ, venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité, pour sauver, non pour condamner, pour servir, non pour être servi. Pour mener à bien cette tâche, l’Église a le devoir, à tout moment, de scruter les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Évangile, de telle sorte qu’elle puisse répondre, d’une manière adaptée à chaque génération, aux questions éternelles des hommes sur le sens de la vie présente et future et sur leurs relations réciproques. Il importe donc de connaître et de comprendre ce monde dans lequel nous vivons, ses attentes, ses aspirations, son caractère souvent dramatique. » GS § 3-4

Karl Barth, un grand théologien protestant, disait qu’il avait toujours sa bible dans une main, et son journal dans l’autre.

 

Nous devons connaître Dieu, le monde, mais aussi nous-mêmes. « Connais-toi toi-même » était-il écrit sur le frontispice du temple de Delphes. Ce qui signifiait en particulier: connais tes limites, ne te prends pas pour un dieu. L’ennemi numéro 1 des Grecs était l‘hybris, la démesure qui fait qu’on perd pied avec la réalité. Mais cette maxime est toujours valable pour nous. Sainte Thérèse d’Avila y attachait une grande importance.

 

Le Christ connaissait parfaitement les Ecritures, mais il connaissait aussi « ce qu’il y a dans l’homme », comme son Père « qui pénètre  les reins et les cœurs» (Jr 20,12). Voici quelques exemples.

« Pendant qu’il était à Jérusalem pour la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom, à la vue des signes qu’il accomplissait. Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous et n’avait besoin d’aucun témoignage sur l’homme ; lui-même, en effet, connaissait ce qu’il y a dans l’homme. » (Jn 2,23‑25)

Jésus dit aux Juifs: « Je vous connais : vous n’avez pas en vous l’amour de Dieu. » (Jn 5,42)

 « Mais Jésus, connaissant leurs pensées, demanda : Pourquoi avez-vous des pensées mauvaises ? » (Mt 9,4)

« Connaissant leurs pensées, Jésus leur dit : Tout royaume divisé contre lui-même devient un désert ; toute ville ou maison divisée contre elle-même sera incapable de tenir. » (Mt 12, 25)

« Connaissant leur perversité, Jésus dit : Hypocrites ! pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? » (Mt 22,18)

« Mais Jésus, saisissant leurs pensées, leur répondit : Pourquoi ces pensées dans vos cœurs ? » (Lc 5,22)

« Mais lui connaissait leurs raisonnements, et il dit à l’homme qui avait la main desséchée : “Lève-toi, et tiens-toi debout, là au milieu.” L’homme se dressa et se tint debout. » (Lc 6,8)

« Il leur dit alors : Vous, vous êtes de ceux qui se font passer pour justes aux yeux des gens, mais Dieu connaît vos cœurs ; en effet, ce qui est prestigieux pour les gens est une chose abominable aux yeux de Dieu. » (Lc 16, 15)

C’est ainsi que Jésus a pu connaître à l’avance celui qui allait le trahir. Notons que beaucoup de saints ont reçu ce charisme de connaissance. Le curé d’Ars, par exemple, a surpris plusieurs de ses pénitents parce qu’il connaissait leurs péchés avant même qu’ils ne les aient confessés. C’est ainsi qu’il dit un jour à l’un d’entre eux, qui n’avait avoué que des banalités parce qu’il était venu à contrecœur au confessionnal, pour « obéir » au curé : « je pleure parce que vous ne pleurez pas ». L’homme fut tellement touché qu’il revint le lendemain et qu’il se mit à pleurer lui-même en ouvrant véritablement son cœur (nous verrons bientôt que le don de connaissance est lié à la béatitude de ceux qui pleurent)[i].

 

L’Eglise, elle aussi, est « experte en humanité », comme le déclara le pape Paul VI dans son discours à l’ONU en octobre 1965 et comme il l’écrivit dans l’encyclique Populorum progressio en 1967.

 

Le Seigneur nous invite à acquérir des connaissances, et à ne pas en rester à la foi du charbonnier. N’oublions pas que nous devons être capables de rendre compte de l’Espérance qui est en nous (1P3,15) Mais même sans aller jusqu’au témoignage, la vérité nous rend libres, et elle est belle à contempler ! La petite Thérèse écrivit que si elle en avait eu la possibilité, elle aurait appris l’hébreu et le grec pour mieux comprendre les Ecritures… Dans les écrits de cette jeune fille qui quitta l’école à l’âge de 13 ans et demi, on trouve quelques 450 citations de l’Ancien Testament (qu’elle n’avait pas) et 650 du Nouveau !

 

Le don de connaissance est lié à la béatitude de ceux qui pleurent et à la vertu théologale de l’Espérance. Pourquoi ? Parce qu’en reconnaissant la caducité de la vie sur la terre, il permet en même temps de se fier à Dieu seul. Lorsqu’il n’y a plus d’espoir, c’est alors que naît l’Espérance. « Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés » (Mt 5,4) Cette Espérance est active. Le misanthrope de Molière connaît les misères de l’homme, mais contrairement au Christ, il ne cherche pas à le sauver, il le fuit. Les saints, au contraire, ont cherché à participer au salut apporté par le Christ. Dominique de Guzman passait ses nuits en prière et criait en pleurant: « Que vont devenir les pécheurs ? »

 

Le don de connaissance nous ouvre aussi à la gratitude pour la création (« Dieu vit que cela était bon » 6 fois en Gn 1), et en particulier pour l’homme: « Dieu vit que cela était très bon » (Gn 1,31)

 

Coach Carter est un film relatant l’histoire vraie de Ken Carter, l’entraîneur de basket d’une équipe de lycée américaine, qui devint célèbre en 1999 après avoir renvoyé ses joueurs à leurs études, déclarant forfait deux matchs de suite alors que l’équipe était invaincue, parce que ces derniers n’avaient pas obtenu des résultats scolaires suffisants. Il leur fit comprendre que leurs compétences sportives n’étaient pas suffisantes, et que seules de solides connaissances leur permettraient d’obtenir de bons diplômes et de réussir dans la vie.

P. Arnaud

 

[i] Après le sermon, du haut de la chaire où il se trouve pour prêcher, le Curé d’Ars interpelle l’homme devant tout le monde :

 

— Mon ami, j’espère que votre âme est plus propre que les chiens que vous avez attachés à la porte de l’église.

 

Tout le monde le regarde, certains sourient en voyant que le riche Maissiat est soudain très mal à l’aise, lui qui est entré dans l’église en ricanant d’un air supérieur.

 

— Vous viendrez me voir à la sacristie après la messe, ajoute monsieur Vianney.

 

Quand la messe est terminée, Maissiat, sûr de lui, rejoint le Curé d’Ars :

 

— Quelle est donc cette comédie que vous avez jouée là, monsieur le curé ? lui demande-t-il.

 

— Mon ami, répond le prêtre, vous allez vous confesser.

 

— Me confesser ? Vous n’y pensez pas ! Je ne crois pas en Dieu !

 

 

— Comme je vous plains… Allons, mettez-vous à genoux, même si vous n’avez pas la foi, et confessez-vous !

 

Confession d’un pécheur par le curé d’ArsL’homme, à bout de patience, obéit. Il dit ses péchés très vite, sans tristesse ni repentir. Soudain, il voit couler des larmes sur les vieilles joues ridées du prêtre et s’exclame :

 

— Monsieur le curé, vous… vous pleurez ?

 

— Je pleure, oui, parce que vous, vous ne pleurez pas pour tout le mal que vous avez fait ! Revenez me voir demain. Cette nuit, priez la Sainte Vierge car la patience de Dieu vous attend.

 

Dans la nuit, en priant pour que l’amour de Dieu vienne toucher le cœur de Maissiat, le Curé d’Ars se souvient de son arrivée dans ce petit village qui comptait alors 230 habitants. Son évêque lui avait dit :

 

— Il n’y a pas beaucoup d’amour du Bon Dieu dans cette paroisse, vous en mettrez.

 

Peu à peu, les gens l’ont vu prier Dieu et l’ont entendu parler de Dieu avec tant d’amour qu’ils sont venus à l’église, d’abord timidement, puis de plus en plus nombreux :

 

— Nous avons une pauvre église, disaient-ils, mais nous avons un saint curé !

 

Quarante ans après son arrivée, l’église est toujours pleine, de jour comme de nuit ; le pauvre Curé d’Ars ne peut dormir que deux heures par nuit parce que les gens l’attendent devant le confessionnal. Il écrit un jour à une amie :

 

« Je suis dans une petite paroisse pleine de religion, qui aime Dieu de tout son cœur. »

 

Le lendemain matin, Maissiat n’a pas dormi de la nuit. Il revient voir le saint Curé d’Ars et tombe à genoux devant lui :

 

— Je ne sais pas prier, mais tout ce que vous m’avez dit hier m’a bouleversé. Je suis un homme mauvais et vous, monsieur le curé, vous êtes un homme bon.

 

Il joint les mains :

 

— Aidez-moi, monsieur le curé ! Je veux croire en Dieu, mais je n’y arrive pas !

 

Le Curé d’Ars se met à lui parler de l’amour de Dieu.

 

— Tout homme, dit-il, même le plus riche, est un pauvre qui a besoin de Dieu.

 

Histoire de Jean-Marie Vianney pour les enfantsL’homme fond en larmes.

 

— Cette fois, dit le prêtre, c’est vous qui pleurez…

 

— Je pleure parce que je n’aime pas Dieu ! crie Maissiat.

 

Monsieur Vianney lui touche l’épaule avec douceur :

 

— Non, mon ami… Vous pleurez parce que vous l’aimez ! Vous aimez Dieu !

 

L’homme se confesse avec un profond regret de ses fautes et, quand le Curé d’Ars lui dit que tous ses péchés sont pardonnés, il se redresse, rayonnant de joie :

 

— Que dois-je faire, maintenant, monsieur le curé, pour aller vers Dieu ?

 

— Vous allez tout droit, mon ami, comme un boulet de canon !

 

Tiré du magazine catholique pour les enfants PATAPON.