Une paroissienne m’appelle samedi saint à 17h : ” Mon père, il faut faire une prière dans mon service pour un homme qui vient de décéder du COVID… il risque de ne pas avoir de célébration d’obsèques, alors qu’il est clairement catholique – Vous pouvez venir ?” Nous sommes en plein préparatifs de la Vigile pascale. Que faut-il faire ? En même temps, depuis quelques jours, j’ai eu à fréquenter quelques pompes funèbres et je vois avec tristesse que le COVID est une souvent utilisé comme dérivatif pour éviter de passer à l’église. Il faut agir. Je saute dans ma voiture. A peine arrivé, on m’habille de toutes sortes de protections. Car ici on prend très au sérieux les règles de l’ARS et encore je n’ai pas encore revêtu la sur-blouse et les gants.

J’arrive devant le lit du défunt et avec l’infirmière muni de l’eau bénite. Nous commençons à prier ! …mais mon rituel n’est pas du tout adapté ! Les prières en pareilles circonstances s’adressent principalement à la famille… or ici, le fils unique n’a pas pu venir et ne reverra donc jamais son père ! On entre dans les profondeurs de la douleur que cause cette pandémie : en plus des souffrance physiques il y a la ségrégation sociale.

Finalement je ‘brode’ une prière à partir du rituel. J’évoque l’Espérance de la résurrection que nous allons fêter dans quelques heures, et surtout en le bénissant abondamment, je demande au Seigneur de lui pardonner ses péchés. Nous prions encore le Notre-Père, et nous finissons par le confier à la Vierge “…maintenant et à l’heure de notre mort” et c’est effectivement maintenant !

En quittant l’infirmière me rappelle. “Père, est-ce que c’est cela le signe de Pâques?” je ne comprends pas bien. Elle me dit : “vous avez vu son visage tout apaisé?” A vrai dire pas vraiment. Pris par l’émotion, je n’avais pas noté ce détail. Mais, elle qui l’avait préparé, avait noté quelques signes de crispation; et elle ne les vois plus ! Même les pompes funèbres qui viennent dans la minute pour la mise en bière le trouve en Paix.

La Paix sois avec vous” dit Jésus ressuscité. Ce soir-là cette paix était visible.
Voilà c’était le premier miracle de Pâques !

 

P Bruno Guespereau