Une petite vidéo introductive: https://youtu.be/c7N2j41fT3g

Quelques exemples de ce don dans la bible: L’intelligence

Présentation

Qui est Dieu ? Comment comprendre sa façon d’agir ? Pour répondre à ces questions, notre intelligence humaine est impuissante car d’une part Dieu est infiniment grand, et d’autre part Il est un « Dieu caché » (Is 45,15). Heureusement, l’Esprit Saint offre à ceux qui croient le don d’intelligence. Grâce à lui, nous pouvons comprendre quelque chose du mystère de Dieu. Un mystère, comme l’écrit saint Augustin, « ce n’est pas ce que l’on ne peut pas comprendre, mais ce que l’on n’a jamais fini de comprendre ».

Dieu se révèle à nous à travers 3 livres : la Création, l’Histoire (celle du monde et la nôtre), et les Ecritures. A travers la beauté et l’harmonie de la Création, on peut reconnaître son Auteur. A travers certains événements, on peut reconnaître l’action de Dieu. A travers les Ecritures, Dieu se révèle encore davantage. Souvenons-nous des disciples d’Emmaüs. Il a fallu que le Christ ouvre leurs intelligences pour que les événements récents et les Ecritures prennent tout leur sens, et c’est alors que leurs cœurs sont devenus brûlants. (Lc 24,13-33).

Pour que nos propres  intelligences s’ouvrent et que nos cœurs deviennent également brûlants, 2 conditions sont nécessaires. La foi d’une part car sans elle un voile demeure devant nos yeux (cf 2Co 3-4), et l’humilité d’autre part car ce que le Seigneur cache aux sages et aux intelligents (à la manière seulement humaine), Il le révèle aux tout-petits. (cf Mt 11,25)

 

Développement

L’intelligence est la faculté de comprendre ce qui est caché à la surface, de lire à l’intérieur (intus/legere). Il y a beaucoup de formes différentes d’intelligence. On peut avoir une intelligence théorique, pratique, artistique… A notre époque, on mesure l’intelligence au QI et aux notes en classe. Certes, il s’agit d’une forme d’intelligence, mais elle peut être associée à un “stupidité” dans d’autres domaines. Combien de personnes de haut niveau intellectuel se sont laissées embarquer dans des sectes, dont les récits abracadabrants laissent pantois ?

 

“Dieu est un Dieu caché ” (Is 45,15). Le don de l’Esprit nous permet de discerner le dessein de Dieu… « Ce que nous proclamons, c’est, comme dit l’Écriture : ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas venu à l’esprit de l’homme, ce que Dieu a préparé pour ceux dont il est aimé. Et c’est à nous que Dieu, par l’Esprit, en a fait la révélation. Car l’Esprit scrute le fond de toutes choses, même les profondeurs de Dieu. » (1 Co 2,9‑10)  Grâce à l’Esprit, nous pouvons comprendre petit à petit  le plan de Dieu : « Ainsi vous serez capables de comprendre avec tous les fidèles quelle est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur… Vous connaîtrez ce qui dépasse toute connaissance : l’amour du Christ. Alors vous serez comblés jusqu’à entrer dans toute la plénitude de Dieu. » (Ep 3,18‑19)

Cf Rupert de Deutz (+ en 1129): « l’intelligence est la faculté par laquelle, sans le secours des moyens humains, les paroles divines se font entendre dans leur vrai sens ». Qui n’a pas fait l’expérience, un jour, de comprendre une parole de l’Ecriture qu’il avait entendue de nombreuses fois, mais qui n’avait pas « pénétrée » ?

Des bribes du dessein de Dieu peuvent être saisies à travers la création, l’histoire, les Ecritures…

  • A travers la création:

« Car à travers la grandeur et la beauté des créatures, on peut contempler, par analogie, leur Auteur. » (Sg 13,5)

« Depuis la création du monde, on peut voir avec l’intelligence, à travers les œuvres de Dieu, ce qui de lui est invisible : sa puissance éternelle et sa divinité. » (Rm 1,20)

  • A travers l’histoire: le Seigneur nous parle parfois à travers les événements, à condition que nous sachions les méditer en profondeur, à l’image de la Vierge :

« Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur. » (Lc 2,19)

  • A travers les Ecritures:

Jésus dit aux disciples d’Emmaüs : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ?” Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait. Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin. Mais ils s’efforcèrent de le retenir : “Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse.” Il entra donc pour rester avec eux. Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. Ils se dirent l’un à l’autre : “Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ?” » (Lc 24)

 

Les Pères de l’Eglise nous enseignent que la chair du Christ est semblable aux Ecritures, c’est en elles que l’on trouve le Verbe.

Moïse (les 5 livres de la Loi ou Pentateuque), les Prophètes (les envoyés de Dieu) et les Psaumes (qui représentent la Sagesse) sont les 3 grandes parties de l’Ancien Testament. Ce n’est qu’en les étudiant que l’on peut vraiment connaître Dieu. Mais nous avons besoin du Christ et de l’Esprit Saint pour les comprendre. Ainsi, le soir de la résurrection, il dit à ses disciples: « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! […]Alors il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures. » (Lc 24,25.45)

 

Ici comme en d’autres circonstances, Jésus a reproché à ses disciples leur manque d’intelligence, et il a mis en parallèle ce manque avec celui de leur foi. La foi est en effet la vertu théologale sur laquelle se “greffe” le don d’intelligence.

 

Dans notre mentalité cartésienne, on pense qu’il faut comprendre pour croire. En réalité, c’est plutôt l’inverse: “croire pour comprendre” disait saint Augustin. C’est le chemin que lui-même a emprunté. Alors qu’il cherchait la vérité depuis de longues années, la bible l’avait déçue car elle ne correspondait pas à ses critères intellectuels. C’est seulement lorsqu’il se convertit et décida de changer de vie que le sens de la bible s’ouvrit pour lui.

 

Sans la foi, un voile demeure sur le sens des Ecritures, comme l’écrit saint Paul à propos des Juifs.

 « Mais leurs pensées se sont endurcies. Jusqu’à ce jour, en effet, le même voile demeure quand on lit l’Ancien Testament ; il n’est pas retiré car c’est dans le Christ qu’il disparaît ; et aujourd’hui encore, quand les fils d’Israël lisent les livres de Moïse, un voile couvre leur cœur. Quand on se convertit au Seigneur, le voile est enlevé. » (2 Co 3, 14-16) « Et même si l’Évangile que nous annonçons reste voilé, il n’est voilé que pour ceux qui vont à leur perte. » (2 Co 4,3)

 

Pour certains de nos contemporains, la foi est de l’ordre de la superstition. Ils se réfèrent aux temps où l’on adorait les forces de la nature parce qu’on ne savait pas les comprendre. Mais nous pouvons leur montrer que notre foi est rationnelle. Cela ne signifie pas qu’ils soient obligés de croire (autrement il ne s’agirait pas de foi mais de science) mais au moins, ils peuvent reconnaître que foi et raison (Fides et Ratio, titre d’une magnifique encyclique du pape Jean-Paul II) ne sont pas ennemies.

 

Le Christ a été rempli d’intelligence dès son enfance. On le voit notamment lors de sa “fugue” au temple, à l’âge de 12 ans:

« C’est au bout de trois jours qu’ils le trouvèrent dans le Temple, assis au milieu des docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions, et tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses. » (Lc 2,46‑47)

Cette intelligence s’exprime ensuite tout au long de son ministère. Souvent, les scribes et les autorités juives cherchent à prendre au piège ce “rabbin” galiléen qui n’a pas fait les grandes écoles de Jérusalem. Mais à chaque fois, Jésus retourne leur piège. C’est le cas notamment lorsque les saducéens questionnent Jésus à propos de la résurrection des morts. Jésus répondit de façon si lumineuse que « certains scribes prirent la parole pour dire : “Maître, tu as bien parlé.” Et ils n’osaient plus l’interroger sur quoi que ce soit. » (Lc 20,39‑40).

« L’intelligence » des pharisiens, elle, est obscurcie par leur orgueil. C’est pourquoi Jésus leur dit, après avoir guéri l’aveugle-né: « Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : “Nous voyons !”, votre péché demeure. » (Jn 9,41)

On voit leur aveuglement notamment lors de discussions autour de l’origine du Christ. « Nicodème, l’un d’entre eux, celui qui était allé précédemment trouver Jésus, leur dit : “Notre Loi permet-elle de juger un homme sans l’entendre d’abord pour savoir ce qu’il a fait ?” Ils lui répondirent : “Serais-tu, toi aussi, de Galilée ? Cherche bien, et tu verras que jamais aucun prophète ne surgit de Galilée !” » (Jn 7,50‑52)

 

Pour accueillir le don d’intelligence, l’humilité est nécessaire. C’est pourquoi Jésus s’est écrié un jour: « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. » (Mt 11,25)

 

Cependant, nous devons être patients car le Seigneur peut nous laisser parfois dans l’incompréhension, même si nous sommes ses amis. La preuve, celle de Marie et Joseph au moment où ils le retrouvent dans le Temple: « En le voyant, ses parents furent frappés d’étonnement, et sa mère lui dit : “Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela ? Vois comme ton père et moi, nous avons souffert en te cherchant !” Il leur dit : “Comment se fait-il que vous m’ayez cherché ? Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ?” Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait. » (Lc 2,48‑50)

 

Le don d’intelligence révèle sans cesse des sens nouveaux dans les Ecritures. Nous n’aurons jamais fini de les comprendre, tant elles sont riches. C’est pourquoi nous ne devons pas chercher à trop recevoir d’un coup : comme la nourriture de la terre, celle du ciel doit être reçue avec modération. La gourmandise peut être physique, mais aussi spirituelle.

C’est ainsi que de nouveaux docteurs de l’Eglise surgissent au fur et à mesure du temps. Ce fut le cas de la petite Thérèse avec la “petite voie”. Celle-ci n’était pas nouvelle, mais personne ne l’avait mise en lumière aussi bien qu’elle auparavant.

 

Mais la grâce ne supprime pas la nature, et le don de Dieu ne supprime pas le travail ! Nous devons scruter les Ecritures afin de les comprendre. « Ignorer les Ecritures, c’est ignorer le Christ » (St Jérôme).

 

Proposition d’action : dans les jours et les semaines à venir, scrutez les 3 livres, celui de la Création, celui de l’Histoire (en particulier la vôtre) et celui des Ecritures. C’est ainsi que vous pourrez vous émerveiller e plus en plus devant le mystère de Dieu.

P. Arnaud