G. DEVALLIERES : Sous le signe de la Rencontre vers 3 chemins : -un homme, soldat / un artiste / un catholique

Né en 1861_ Mort en 1950 _ 66 ans d’oubli, et encore peu connu.
Il ne m’était pas inconnu, mais l’avais-je vraiment regardé ou écouté ? Je ne crois pas être la seule à avoir ressenti une
certaine « perplexité » face au Chemin du Croix de Saint Esprit. Toiles assombries par les années, la fumée des cierges,
des détails hétéroclites voir anecdotiques, un « style » inachevé et déroutant. Si le « comment » traiter l’image en art
est récurrent, il devient + incisif pour un artiste catholique rejetant le style saint Sulpicien, hésitant entre le style
romantique, symboliste ou dit-« expressionniste », sans faire partie réellement du mouvement expressionniste ,
chaque artiste est « expressionniste « puisqu’il cherche son expression » en l’exprimant avec son âme et son corps.
Le « style » est ce qui fait « qu’il se passe quelque chose » en art et que l’artiste (catholique ou non) est en quête tout
d’abord de la rencontre avec son médium (la peinture, le dessin) et le vecteur (pinceau, crayon ..) qui traduiront l’idée
ou l’émotion.
Toute création, tout regard sur l’art est le fruit d’une rencontre et si elle a lieu dans une église elle prend une toute
autre dimension. Les églises ne sont pas des musées figés mais des pierres vivantes que les architectes, les artistes font
parler avec les formes, les couleurs, la lumière pour raconter l’histoire, la quête à partir du visible de l’invisible…
Puisque G. Devallières comprenait :
a)« que l’on aime pas sa peinture »
b) voulait que personne ne reste indifférent à la souffrance du Christ qui a donné sa vie pour nous
c) qu’il avait toujours cherché Dieu

j’ai mesuré la force de cet homme en Vérité en actes et, guidée par ces 2 points , le désir de le rencontrer :
1_revenir à sa vie, ruminer son parcours
2_accueillir et interroger sa peinture comme une « longue et silencieuse prière intérieure «.
Plus on cherche à le rencontrer plus on y découvre des trésors de sincérité, une maitrise du geste , le sens de la
douleur et la joie de créer.
Le temps du confinement s’y prêtait bien, la nécessité d’une certaine distance impliquait de passer à un autre rapport
au monde et au temps. ——-
En G. Dévallières
chacun de nous peut se retrouver à un moment donné de son parcours humain, professionnel et spirituel et discerner
ce qui le pousse à agir selon sa fidélité, sa bienveillance, sa sincérité, son humilité .
Si Près ou si Loin de nous G Desvallières ?
GD est un homme (de rencontres) époux, père, soldat !
A 15 ans il manifeste un don artistique évident, encouragé par son grand-père. Il développe une sensibilité ardente et
romantique entre mondanités et quête d’idéal. Un caractère curieux doté d’une sérieuse puissance de travail.
Il se marie et aura 6 enfants « les pères de famille, ces grands aventuriers du monde moderne ! » dira Charles Peguy.
Sa femme dira de lui : « il était comme un ballon que je devais retenir, sinon il s’envolait !«
Distant avec le dogme catholique, peu pratiquant. A 44 ans en 1905 il se convertit, alors qu’il dessinait à Notre dame
des Champs il récite le Credo, à genoux : un changement radical s’opère, rare à cette époque. Désormais l’Esprit
soufflera dans ses engagements, il place sa vie sous la quête de Dieu.
A 53 ans il s’engage , patriote il met de côté son travail pictural et familial. Il devient chef de bataillon des chasseurs
alpins dans les Vosges, très apprécié par ses compagnons et sa hiérarchie, une fraternité à laquelle il sera toujours
fidèle. Il ne dessine pas au front mais il se fait envoyé des cartes postales de peintures sacrées ou profanes pour
décorer les cagnas de ses camarades.
Il perd Daniel son fils de 17 ans au front, il est anéanti et brisé par la douleur …
————————-Homme d’amour il dit oui : à sa famille, à ses camarades. Patriote : il aurait pu ne pas s’engager.Il
affronte l’épreuve du deuil et dira à sa femme : « Puissions nous dans le sang versé de notre fils trouver notre force au
lieu qu’il nous l’enlève. »

GD est un artiste ! Il admire son maître J.E Delaunay qui lui enseigne la force du dessin puis
rencontre Gustave Moreau, peintre symboliste qui exerce une forte influence sur son esprit libre. Il témoigne d’une
grande curiosité de style et de techniques variées. Il cherche et tâtonne.. .A l’Atelier Julian il noue de profondes
amitiés avec Maurice Denis avec qui, en 1912, il projette de fonder une école d’art placée sous la protection de ND
de Paris , elle deviendra les Ateliers d’Arts Sacrés (groupe qui a « décoré» notre église).
Autre rencontre déterminante littéraire et poétique : Léon Bloy personnage paradoxal qui l’encourage à poursuivre sa
quête spirituelle. Il dira d’une de ses peintures : « Vous avez fait un sacré-coeur à pleurer et à trembler «. Virtuose du
pinceau, il joue passant de la recherche du mystère spirituel à la nervosité du trait noir voire à la tension exacerbée du
trait qu’il partage avec Georges Rouault.
Il sait aussi peindre avec légèreté et délicatesse lyrique les paysages et intérieurs décoratifs. La puissance de son dessin
lui a permis de créer de belles architectures, des corps pleins de vitalité, la mort de son fils, intolérable, lui fait
explorer une vison« exacerbée « de la touche, des aplats de couleur sortis de la terre pesante où l’énergie spirituelle
éclate.
Est-ce une opposition ? Non, c’est le même artiste ! dont le geste s’ajuste, porté par la joie de peindre ou par
l’intensité de la foi.
Ce geste transforme ses rencontres, ses « combats » non de soldat mais d’artiste …pour les autres artistes ! En effet, il
participe à la création du Salon d’Automne -salon qui permettait aux artistes refusés ou invisibles (pour diverses
raisons ) d’exposer et d’être en contact direct avec de potentiels acheteurs. Il se fera « placeur” des toiles afin de ne
pas faire « d’ombre » aux autres …
Il défendra Henri Matisse, les fauves, et d’autres artistes non catholiques, ce qui dénote son ouverture d’esprit .
Son amitié avec Maurice Denis aurait pu être « conflictuelle», il disait de lui : « Son intelligence ordonnée savait
donner à mon imagination un peu confuse , une direction sûre. Il apportait ainsi la vie à ce qui était en moi trop
nébuleux. » Ils partagent la même admiration pour Fra Angelico , Le Greco
————————-Homme de relations fraternelles , il a su dire oui à sa vocation profonde : être artiste, à la
recherche d’un style personnel , il a su dire oui pour oser soutenir sa foi dans son art avec la récurrente question de
l’image et de la beauté : « Ne cherchez pas à faire une peinture chrétienne soyez chrétiens « Jacques Maritain.
Oui à l’émerveillement et à l’encouragement : l’esprit chrétien oeuvre.
GD est un catholique !
Le Credo récité à 1905 sera son guide, la Révélation son chemin de vie. …
La mort de son fils, la désolation des champs de bataille, les corps de ses camarades l’ont mené à la nécessité d’une
relation exigente avec le Christ et quand l’art rencontre la théologie des entrelacs complexes et indémêlables se
nouent entre sa foi et sa peinture.
En 1914 Georges Desvallières fait profession de foi dans le Tiers Ordre dominicain et oriente sa vie vers l’apostolat.
Sa fille Sabine rejoindra la communauté des Clarisses.
La fondation des Ateliers d’Art Sacrés, née de la volonté de « rénover l’art chrétien », propose des cours de liturgie,
de sciences religieuses, d’art plastiques … Marie-Alain Couturier, qui deviendra dominicain, peintre et influent dans
le monde de l’art catholique et non catholique, est le premier à s’y inscrire. Il est l’un de ses meilleurs élèves. Il y
suivra l’enseignement des dogmes de l’Abbé Lallemand qui l’aura sans doute influencé.
Marie-Alain Couturier dira : « GD n’a rien voulu d’autre que de rendre témoignage et parler du Christ aux hommes de
sont temps « .
La peinture de GD devient une surface sur laquelle l’image révèle la Parole, et ,selon le thème, support de
méditation .
Il réalisera à la fin de sa vie un panneau pour le cloître de l’Annonciation à Paris : « Aimez « ————————-Homme de transmission Il désire que les hommes et femmes très éprouvés par la guerre retrouve
l’Espérance en Dieu, en l’homme et qu’il continue à croire au sens du Sacré.
Il dit oui à une vie qui témoigne de l’empreinte catholique et du Christ qui vient parmi nous.
Il reflète bien le mot d’ordre des prêcheurs.
« Verbo et exemplo / La Parole et l’exemple. Pour être vrai , il faut vivre ce que l’on annonce et partager ce que l’on
vit. »
Georges Desvallières est mort, revêtu de l ’habit de dominicain.
G. DEVALLIERES : Sous le signe de la Rencontre : -l’expérience du questionnement et du don.
Si près ou si Loin de nous ?
Une vie traversée par la conversion, les épreuves, le deuil, le vacarme de la grande guerre, un temps de bascule des
divers courants artistiques …
Ses 3 chemins révèlent un homme (GD) qui a dit oui à l’amour et dans l’amour à quelque chose qui le dépasse.
Il accepte d’en faire l’expérience pour se questionner lui d’abord, ce fameux « qui suis je /où vais
je ? « et il a le courage de s’engager afin de comprendre son rapport au monde. Il y découvre sa dimension
« dramatique » …où le mène sa recherche dans sa vie artistique ? A la gratitude envers la beauté de l’homme car il
aura eu la grâce d’avoir été entouré. Sa conversion puis sa proximité avec celle les Dominicains, l’invite à la
Rencontre qui devient dans une » voix de fin silence », 1R 19/12 l’appel de sa vocation profonde.
Lors de cette prière du chemin de croix , nous pouvons choisir une station et laisser la surface parler : aplat de
couleur ocre, terre lacérée , visages blessés et flous et la rencontre devient une interaction où chacun peut voir en
miroir : par exemple Simon de Cyrène ? aurai-je été Simon de Cyrène ? aurais- je eu le courage d’aider face à une
foule si hostile ? et sachant qu’il était dur de porter certes qu’une « partie « de sa croix …??
Elle nous pousse à questionner le geste, la souffrance de l’A(a)utre, l’empathie, la compassion, c’est le chemin qui
mènera à remonter vers Celui qui « dans cette voix de fin silence « nous a effleuré, qui a effleuré Simon par le regard
bien retranscrit dans la peinture car il a sans doute compris qu’il savait que ce n’était pas lui , Simon, qui porterait la
croix…
Il s’est converti après …
Il(GD) accepte ensuite en soldat, en artiste et en croyant de faire l’expérience du don.
*Le soldat est prêt à donner sa vie
*L’artiste est dans l’énergie créative qu’il dépassera, elle ne lui appartiendra plus , il s’ abandonne avec confiance dans
son travail et transmute son geste
*Le croyant remet sa vie sous le regard d’une Présence et s’engage dans le Tiers Ordre dominicain. Sur ces 3
chemins, la transformation n’est elle pas la même ? …
Se recevoir, soi, en profonde intériorité , puis se décentrer de soi même sous le regard de la Présence en soi
accueillie, recevoir la Parole , la garder et la prolonger par une véritable attention aux autres.
Enfin :
Oser vivre et se laisser transformer dans l’Ecoute.
A G Devallières : merci et comme l’a dit Benoit XVI (extrait de sa lettre aux artistes) :
Saint Augustin, chantre amoureux de la beauté, en réfléchissant sur le destin ultime de l’homme et presque en commentant
ante litteram la scène du Jugement que vous avez aujourd’hui devant les yeux, écrivait ainsi : « Nous jouirons donc d’une
vision, ô frères, jamais contemplée par les yeux, jamais entendue par les oreilles, jamais imaginée par la fantaisie : une vision
qui dépasse toutes les beautés terrestres, celle de l’or, de l’argent, des bois et des champs, de la mer et du ciel, du soleil et de la
lune, des étoiles et des anges ; la raison est la suivante : celle-ci est la source de toute autre beauté » (In Ep. Jo. Tr. 4,5 : PL 35,
2008). Je souhaite à vous tous, chers artistes, d’emporter dans vos yeux, dans vos mains, dans votre cœur cette vision, pour
qu’elle vous donne la joie et inspire toujours vos belles œuvres. Alors que je vous bénis de tout cœur, je vous salue.
Brigitte B/G —©

Brigitte B/G —©