Chers tous, après avoir remercié surtout le Seigneur pendant la messe, je voudrais vous remercier vous aussi, ma famille, mes amis et les membres des différentes communautés où j’ai été envoyé, car c’est vous qui m’avez aidé à grandir. « L’homme ne naît pas homme, il le devient » a écrit Erasme. Saint Augustin, pour sa part, disait : « Chrétien, deviens ce que tu es ». Quant à moi, je me permets d’ajouter après lui : « Prêtre, deviens ce que tu es ». Le prêtre est fondamentalement un pasteur (c’est pourquoi on prie pour les vocations tous les ans lors du dimanche du Bon Pasteur), qui a une triple mission : nourrir les brebis, les protéger des bêtes sauvages, et les guider à travers les pâturages jusque dans la bergerie. Ce que la Tradition chrétienne a traduit par : enseigner, sanctifier, et gouverner. Cette triple mission est difficile, je continue d’apprendre en me mettant à l’écoute non seulement du Bon Pasteur qui est le Christ mais aussi de vous tous qui lui prêtez parfois votre voix. Lors de la traversée du désert, Moïse était en train de s’épuiser et c’est son beau-père Jethro, qui ne faisait pas partie du peuple hébreu, qui lui a donné un conseil salutaire, celui de se choisir 70 collaborateurs pour alléger sa charge (Ex 18). Merci pour toutes les fois où vous m’avez aidé en portant avec moi une partie de la charge ou en me donnant de bons conseils. J’ai vécu beaucoup de moments forts avec vous. Je ne peux pas tout évoquer, mais je vais faire ressortir quelques souvenirs tirés des différentes missions que j’ai reçues depuis le 30 juin 2001.

A Bruxelles entre 2000 et 2003, j’ai achevé ma formation, d’abord comme diacre puis comme prêtre. C’est au Sacré-Cœur d’Etterbeek que j’ai commencé mon ministère, découvrant la joie de prêcher et de célébrer mes premiers baptêmes. J’étais heureux de renouer avec mes racines car mes grands-parents maternels étaient venus de Belgique en France au début du XX° siècle pour y trouver du travail.

A Saint François de Molitor, où je suis resté entre 2003 et 2007, j’ai découvert une communauté jeune et accueillante, dynamisée par l’érection d’une nouvelle église, qui fut dédicacée le 18 mars 2005 par le Cardinal Vingt-Trois. Grâce à sa forme en ellipse avec l’autel au centre, qui fait que les paroissiens sont face à face et beaucoup ne regardent pas le prédicateur mais ferment les yeux pour l’écouter, j’ai mieux pris conscience de l’importance de bien prêcher pour combler leur faim de Vérité. Nous sommes une religion de la Parole, et l’homélie constitue pour certains une nourriture pour toute la semaine. De belles amitiés se sont nouées, qui m’ont permis de jouer au tennis très souvent le dimanche après-midi. C’est à Saint François que j’ai commencé à accompagner une équipe Notre Dame, tissant là aussi pendant 8 ans des liens d’amitié avec les 5 couples qui en faisaient partie. J’y ai mieux perçu à quel point la vocation au mariage et celle au sacerdoce sont complémentaires. A l’école Notre Dame des Oiseaux, j’aimais relever le défi d’intéresser à la foi chrétienne des ados qui n’étaient pas tous des grenouilles de bénitier…

A Notre Dame d’Auteuil, qui m’a hébergé de 2007 à 2014, j’ai pu me donner pleinement au service à la fois de la paroisse et des jeunes, aussi bien ceux de l’aumônerie Jean Baptiste Say (avec en particulier les moments inoubliables que furent les Frat à Jambville et à Lourdes), ceux de la messe du dimanche soir (qui l’animaient de façon toujours vivante et joyeuse) , ceux du groupe scout (qui m’ont permis non seulement de retrouver la joie de la vie dans la nature mais aussi de voyager aux quatre coins de la France, et même une année en Espagne, pour les camps d’été) et ceux avec lesquels nous sommes partis à Cayenne puis à Rio pour les JMJ de 2013. C’est à Auteuil aussi que j’ai commencé à organiser chaque année un pèlerinage, une année sur deux en Terre Sainte pour à la fois nourrir la foi des pèlerins et soutenir nos frères chrétiens d’Orient. Deux souvenirs me reviennent : d’abord l’éruption qui débuta le 20 mars 2010 sur l’Eyjafjöll, un volcan du Sud de l’Islande, et qui m’obligea à reporter le pèlerinage prévu en Turquie le jour précédant le départ, avec plus d’une quarantaine de personnes inscrites ! Deuxième souvenir, le retard de 8h du ferry qui nous a mené d’Egypte jusqu’à Aqaba en Jordanie, où nous sommes arrivés à 4h du matin ! Mais nous avons tous bien supporté cette petite épreuve car nous venions du Mont Sainte Catherine, où nous avions pu contempler le lever du soleil après quelques heures d’ascension dans la nuit, une expérience inoubliable ! Tous ces pèlerinages, ont permis de créer de magnifiques liens de fraternité et d’amitié qui durent encore.

C’est aussi à Auteuil que j’ai commencé à goûter les joies du marathon. Là encore, un souvenir me revient : c’est après une messe pour les scouts qu’un papa est venu me parler, parce qu’il avait remarqué ma montre connectée ! Résultat : je me suis laissé recruter dans son équipe de coureurs qui se retrouvaient tous les week-ends, et cela m’a énormément aidé pour me préparer chaque année au marathon de Paris, que j’ai couru 11 fois. Ce furent autant d’épreuves au double sens du terme, sportif bien sûr mais aussi spirituel. J’ai parfois été tenté d’abandonner mais j’ai toujours tenu bon et la joie après l’arrivée était immense. Ces épreuves m’ont appris la persévérance mais aussi parfois la grâce, lorsqu’un second souffle m’a été offert et que je me suis senti porter « comme sur les ailes d’un aigle ». De façon plus générale, le sport est pour moi une source de détente et une façon d’entretenir ma santé, mais aussi une occasion de prier, de méditer, et parfois de me dépasser et d’intercéder pour ceux qui souffrent en offrant mes modestes douleurs (comme dimanche dernier lors de la montée vers le Sacré Cœur, pendant la course des 7 églises).

En 2014, après 11 années passées dans le XVIe arrondissement, à l’ouest de Paris, je suis parti vers l’est et j’ai même franchi le périphérique pour aboutir à Fontenay-sous-Bois, où j’ai vécu 4 très belles années. C’est là que j’ai découvert la joie et la difficulté d’être curé. La nouveauté était d’autant plus décapante que j’étais au service de deux paroisses en même temps, Sainte Thérèse et Saint Jean XXIII. En tant que membres de la FMPV (Fraternité Missionnaire des Prêtres pour la Ville), nous étions 3 ou 4 prêtres à mener une vie commune et à partager la mission pastorale. Un souvenir marquant : la soirée où nous avons été invités à la Fête de l’Humanité par la mairie communiste. Au-delà de nos croyances et de nos engagements, nous étions unis par un même désir d’améliorer notre monde et de créer une véritable fraternité universelle.

A Sainte Thérèse, je me souviens en particulier des réveillons du 31 décembre et des marchés de Saint Nicolas, qui donnaient l’occasion de vivre justement cette fraternité avec tous les âges, dans une ambiance de fête et de joie. La création d’une nouvelle chapelle, que nous avons dédiée à saint Charbel, fut aussi une belle aventure. Et l’été, le Foyer Sainte Thérèse me permettait de retrouver la joie de la vie dans la nature.

A Saint Jean XXIII, je me souviens particulièrement des feux de la Saint Jean, le 24 juin au soir, lorsque nous faisions la fête dans la rue devant l’église. Sans oublier bien sûr le jour où l’évêque est venu ériger ce qui n’était alors qu’un relais en une nouvelle paroisse. Le développement d’une pastorale pour les salariés du Val de Fontenay, avec en particulier la messe et le déjeuner du mercredi midi, fut aussi un beau défi.

En 2018, je suis revenu à Paris pour devenir curé de cette paroisse du Saint-Esprit. Je continue de rendre grâce pour cette communauté qui ressemble à celle de la Pentecôte à Jérusalem, avec des personnes de toutes origines, toutes désireuses de connaître la Bonne Nouvelle et d’en témoigner. Je me souviens notamment des différentes rencontres qui nous ont rassemblés, les kermesses de Noël où chacun peut prendre du temps pour discuter avec les uns et les autres, les rencontres œcuméniques et inter-religieuses qui nous ont permis d’accueillir l’archevêque et les responsables d’autres communautés, le Forum du Saint-Esprit où les jeunes s’étaient beaucoup impliqués… Les pèlerinages en Israël, à Rome et Assise, en Turquie et en Grèce, furent à nouveau de magnifiques occasions pour non seulement approfondir notre foi mais aussi nouer de beaux liens de fraternité et d’amitié. Les journées de rentrée paroissiale à Chartres, Reims ou Meaux furent également précieux. Lors de cette dernière, le Saint-Esprit avait soufflé tellement fort que des arbres étaient tombés et que nous avions dû sortir du car pour libérer la route du retour ! Et j’attends avec impatience la venue du Pape Léon qui nous permettra à nouveau de nous rassembler largement… en espérant que le Saint-Esprit ne soufflera pas trop fort, ou en tout cas dans le bon sens, pour que nous ne soyions pas obligés de dégager la Coulée Verte ou les quais avant d’arriver sur les Champs Elysées !

Je suis heureux aussi de pouvoir servir les autres paroisses du XIIe en tant que doyen depuis 2021. Mon meilleur souvenir est celui du pèlerinage des 5 paroisses qui nous a permis de marcher dans les rues de notre quartier et de visiter successivement nos 5 églises. Rien de tel que de marcher avec quelqu’un pour tisser des liens, comme Jésus avec les disciples d’Emmaüs.

Last, but not least, je tiens à remercier aussi chacun des membres de ma famille du fond du cœur, mes frères, belles-sœurs, neveux et nièces (et même la génération en-dessous, eh oui, on ne rajeunit pas 😉) qui me portent et supportent depuis 57 ans pour certains ! C’est bien plus méritoire que de courir 42 km…

Je vous remercie tous de m’avoir accompagné pendant tout ou partie de ces 25 dernières années, et j’espère que vous continuerez de le faire pendant les 25 à venir ! Votre soutien, votre amitié et vos prières me sont très précieux. Je vous demande aussi pardon pour toutes les fois où j’ai pu vous offenser, même involontairement. Pour finir, je me permets de vous solliciter, s’il vous plaît, continuez de prier pour moi, comme je prie aussi pour vous ! Je sais que le Bon Pasteur nous accompagne tous et que si nous écoutons sa voix, il nous mènera tous vers son Royaume. Alors marchons ensemble à sa suite, en continuant de nous entraider les uns les autres. Merci encore et bonne route à tous, dans l’amour du Sacré-Cœur et le souffle du Saint-Esprit et avec le soutien de nos frères et sœurs les saints, en particulier Notre Dame, saint François, sainte Thérèse et saint Jean XXIII !

P. Arnaud