Voici les 3 témoignages émouvants que nous avons entendus lors de cette soirée exceptionnelle. Le 1er a été donné par des membres de l’agence de pompes funèbres SPORTES, le 2nd par une infirmière de la paroisse, le 3ème par l’aumônier de l’hôpital Saint Louis.

Témoignage des membres de l’agence de pompes funèbres SPORTES

Présentation : Leila SPITERI (Responsable de l’agence SPORTES Funéraire, basé au 305 rue de Charenton) accompagnée de notre équipe Mina COUSIN, Vanessa BLANVILLAIN et Anthony MENDES, qui prendra la parole ensuite pour expliquer son expérience sur le terrain pendant la période de confinement.

Tout d’abord, nous tenons à vous remercier de l’organisation de cette veillée en la mémoire des défunts qui n’ont pu bénéficier d’une cérémonie religieuse dans cette période de crise sanitaire actuelle. Ce temps de parole donné à chacun dans un cadre bienveillant nous permet de verbaliser nos expériences.

Contexte Actuel : Il me semble important de faire un parallèle avec la période de canicule de 2003 qui proportionnellement à compté moins de décès sur une période plus courte (3 semaines). À la sortie de cet été 2003 exceptionnel, je ne pensais plus revivre une situation aussi traumatisante.

Malheureusement, l’épidémie de la covid 19 m’a donné tort. Pendant 2 mois, de mi-mars à mi-mai de cette année, nous avons dû faire face à une surmortalité exceptionnelle. Il est important de rappeler l’anormalité de la situation. Effectivement, avec l’annonce d’un confinement généralisé, nombre d’administrations ont été prise de cours, et par exemple certains services d’état-civil étaient fermés,  ce qui nous a posé d’énormes difficultés. De plus, le stress lié à une contamination éventuelle couplé avec les restrictions sanitaires imposées dans l’urgence, nous ont demandés une vigilance de tous les instants. En exemple, je peux vous parler de la première famille que nous avons reçue pour un décès suite à la Covid 19. Je ne savais pas comment me positionner par rapport à mes échanges avec la famille lors de la signature des documents entre autre (Appréhension/Gêne).

Cela a été le début d’une période difficile tant d’un point de vue psychologique, émotionnel et physique, que cela concerne l’amplitude horaire hors-normes, l’accumulation des décès ou la situation inédite avec les carences que cela pouvait impliquer.

Mon objectif principal a été d’accompagner au mieux les familles, d’expliquer les contraintes inédites et surtout de tout faire pour que les corps n’aillent pas au dépositoire de Rungis pour permettre aux proches de pouvoir rendre un hommage plus personnel.

Malgré notre investissement, les mises en bières immédiates ont imposé une impossibilité pour les familles de revoir une dernière fois leurs proches, ce qui a créé des angoisses supplémentaires et le problème du début de travail de deuil. Chaque semaine nous recevions des nouvelles directives du préfet nous obligeant sans cesse à modifier nos protocoles. Nous n’avons pas été formés pour ce genre de situation car notre travail principal est de réunir toutes les conditions possibles pour que les familles puissent dire au revoir à leurs proches dans des conditions idéales. Dans d’autres cas, il s’agit juste de respecter les volontés des défunts qui ont organisé d’avance leurs obsèques, mais la situation sanitaire nous a souvent empêchés de le faire en totalité.

Ma priorité a été d’organiser des obsèques dans un délai raisonnable pour soulager l’angoisse des familles tout en essayant de leur accorder l’attention qu’ils sont en mesure d’attendre d’un conseiller funéraire ; je n’ai malheureusement parfois pas pu répondre à leurs attentes et c’est très frustrant de ne pas être en capacité d’accéder aux souhaits des personnes que nous accompagnons et qui nous font confiance. C’est également la première fois que je ne respecte pas nos procédures internes de sécurisation d’un convoi en ne prenant aucune garantie financière d’aucune famille. Cela aurait été totalement inapproprié car inhumain dans ce contexte si particulier, chacun devant gérer des urgences plus importantes.

Toutes nos équipes ont dû travailler de concert, que ce soit le personnel sur le terrain ou en agence pour trouver des solutions inédites. Nos journées ressemblaient à des marathons, nuit et week-end compris. Pour illustrer mon propos, je vais laisser la parole à Anthony qui a dû venir en renfort sur le terrain pour limiter la présence dans les bureaux imposées par les restrictions gouvernementales et surtout pour pallier à la quantité inhabituelle de convois à organiser.

Témoignage d’Anthony :

Ma première impression lors des levées de corps à l’hôpital, a été le choc et la peur. En effet, une file d’attente innombrable de corbillard, des mises en bière inédites car on ne voyait que des housses fermées, des caissons réfrigérés sur les parkings. Du matin au soir, je ne voyais que du personnel en combinaison intégrale, et des familles totalement anéanties de ne pouvoir accompagner dignement leurs proches, avec cette désagréable impression de ne pouvoir accorder le temps nécessaire à chaque famille compte tenu de la quantité d’inhumations et de crémations.

Il me semble également important d’évoquer cette peur permanente d’être contaminé sur le terrain et de risquer de contaminer nos proches en retour. Pourtant on m’a demandé si je voulais bien venir en renfort, et il a été évident pour moi de le faire. Que ce soit pour soulager mes collègues mais également pour prendre ma part de responsabilité à la hauteur de mes compétences.

En termes de charge de travail il nous a fallu être d’une réactivité exceptionnelle, en multipliant les allers-retours entre les hôpitaux, les maisons de retraite, les chambres funéraires, les cimetières et les crématoriums que ce soit pour des inhumations, des crémations ou pour des mises en bière immédiate car il manquait de places dans les chambres funéraires et ce 7/7j (Jour Férié Compris).

Compte tenu de la masse de travail et du nombre de famille à accompagner dans un temps restreint, il a fallu absorber une pression énorme, la peine des familles et notre propre désarroi face à une situation inédite et anormale. Je me souviens d’un recueillement dans une église avec 3 personnes de la famille uniquement et cela m’a extrêmement choqué et attristé, ou encore 4 inhumations en une seule matinée au cimetière de Villejuif.

On a dû également se dépasser, s’adapter en absorbant la peine des proches ne pouvant se rendre au cimetière, en leurs transmettant par exemple des photos ou des vidéos de la cérémonie ce qui nous a touché personnellement et émotionnellement le soir en rentrant à la maison. Pour résumer, cela n’a ressemblé en rien à notre quotidien néanmoins, la reconnaissance des proches et des familles a été proportionnel à notre investissement.

Conclusion Leila : Je me permets de reprendre la parole afin de conclure sur une note positive. Malgré une situation sanitaire qui se dégrade de nouveau, je sais pouvoir compter sur le soutien et l’engagement de mes collègues. Cette crise m’a démontrée qu’en étant solidaire, on peut surmonter ce genre de situation exceptionnelle. Je sais qu’on a pu et qu’on pourra encore compter les uns sur les autres dans les bons moments et les moments plus délicats,  car même si je ne sais pas ce que c’est que d’être confinée, je sais ce que sais d’être soutenue et bien entourée par sa famille, ses collègues et ses amis. Mention spéciale à Mina !

Conclusion Anthony : Je rajouterais de mon côté qu’effectivement, nous avons fait partie de ces petites mains invisibles mais non moins utiles à la communauté, et j’apprécie d’autant plus et remercie à nouveau ce temps consacré ce soir.

 

Témoignage de Mireille HUCHARD, infirmière pendant la première vague

Je suis infirmière coordinatrice dans une structure privée, j’ai été  responsable d’un service covid de 20 lits et 3 de réanimation.

Pour y arriver : nous avons dû nous réinventer, fédérer les compétences, coexister, coopérer  pour accueillir des patients du covid. Il a fallu dépasser nos limites, nos peurs, taire nos angoisses pour travailler en équipe pluridisciplinaire.

Et puis, un vendredi jour du chemin de croix, à 15h heure du chapelet de la miséricorde divine, la première patiente est arrivée, intube-ventilé.

Puis les ambulanciers ont emmené les patients, souvent en brancards, parfois en fauteuil toujours sous oxygène à haut débit. En 4h de temps le service était plein.

Nous étions masqués, sous haute protection, hésitants, pas très rassuré, inquiets, naviguant à vue. Nous étions dans l’inconnue la plus totale.

Chaque arrivée était compliquée car tous avaient besoin d’une surveillance aigue, constante et continue. Nous devions en même temps nous protéger, préserver nos familles en ayant des gestes sûrs.

Accueillir et rassurer un patient,  en ne le faisant pas trop parler était un vrai challenge. Car chaque inspiration était un trésor, il fallait être à l’écoute des poumons, et vivre au rythme de la saturation d’oxygène.

Nos yeux étaient devenus nos outils de communication. Ils se devaient d’être expressif à souhait puisque que le reste du visage était caché sous le masque, qui lui devait masquer nos angoisses et nous protéger.

La famille, inoubliable et en même temps loin (les visites étant interdites), nous pressait de questions.  Difficile d’expliquer, de rassurer, de donner de l’espoir, quand on ne savait pas. Car à tout moment tout pouvait basculer.

L’isolement, le manque d’oxygène, la peur de ne plus les revoir, le spectre de la mort aussi étaient juste insupportable, et ces facteurs étaient à intégrer dans notre prise en charge.

La famille courageuse qui espérait en de bonnes nouvelles, d’un petit signe d’amélioration, en quête d’espoir et d’espérance, nous confiait son parent le plus proche, le père, la mère, le grand-père….la future épouse, son tout.

“Nous ferons tout notre possible” était devenu notre credo.

“Le chaque jour suffit sa peine”, prenait tout son sens, et “vivre chaque moment intensément” aussi.

Le Carême continuait et je prenais conscience de ce que cela voulait vraiment dire, de ce que cela impliquait. Le manque, la privation, l’isolement… n’étaient pas si évidents que ça. Beaucoup de patients s’étaient  réfugiés dans la prière et j’encourageais donc chacun à  prier, à la recherche du salut, de l’apaisement, quand je voyais un signe religieux, c’était le signal pour  parler de Dieu.

Union prières n’était pas un concept mais une unité vrai quelques soit la religion pratiquée. La prière était mon arme contre l’aggravation et la panique.

D’ailleurs c’est à un de ces moments que j’ai été contaminé, moi l’infirmière asthmatique, j’ai eu le covid sans m’en apercevoir. Un miracle sans nul doute.

Et puis au bout de 15 jours , nous avons vécu le bonheur suprême, telle une récompense, une première sortie, et puis deux,  puis trois…… Une vraie chance. Nous les avons tous remercier de nous avoir donné autant de joie, de nous avoir montré que c’était  possible, et d’y croire.

Et puis on a eu celui qui a décidé de nous quitter le jour de son anniversaire la veille de Pâques.

J’avais appris par son neveu qu’il était pratiquant et j’ai téléphoné au Père Bruno ancien vicaire de la paroisse à venir prier avant sa mise en Bière.

Il a tout laissé et je remercie Minh le sacristain d’avoir permis cet acte de charité, en ces temps où beaucoup sont partit sans  leur famille. Soyez assuré que notre présence auprès de vos chers a été de tous les instants.

Nous avons donc pu prier, asperger de l’eau bénite, et instantanément le visage du défunt, s’est détendu. On aurait dit qu’il dormait.

Je me souviendrai toujours des paroles du Père Bruno qui m’a dit : “pendant que beaucoup sont en adoration devant le linceul de Turin, nous prions à la rue de Turin pour l’âme de monsieur T.”

Et nous étions la veille de Pâques.

Covid on peut y voir beaucoup de choses négatives  et j’aimerai vous proposer ceci :

Croire que tout est possible,

O pour ouverture car il faut être dans l’acception de laisser tomber tout ce en quoi nous avons connu,

V vivre différemment,

I intensément chaque moment avec

D pour Dieu.

A la question suis-je prête? Je vous répondrai que j’ai demandé de l’aide à notre Seigneur pour y arriver.

Que le Seigneur nous aide, nous protège à  l’aube de cette deuxième vague qui se profile.

Prions pour les malades, leur famille et tous ceux qui sont en première ligne. Prenez soins de vous et de vos proches.

Amen.

 

Témoignage du Père Sébastien NAUDIN, ancien aumônier de l’hôpital Saint-Louis

 

Je voudrais débuter ce témoignage par la présence des reliques de Sainte Geneviève dans la chapelle de l’hôpital Saint Louis, pendant 3 jours début mars. Je suis intimement convaincu  qu’à cette occasion, la Patronne de Paris nous a fortifiés dans notre mission auprès des patients, de leurs familles et du personnel soignant. Pour l’équipe de l’aumônerie, cela a été une période délicate voire très compliquée à vivre. Nous souhaitions être présent dans les services mais pour des raisons indépendantes de notre volonté  que tout le monde connaît désormais, cela ne fut pas possible. Il a fallu nous rendre  présent à la chambre mortuaire pour les départs des corps ou par téléphone afin de visiter, d’accompagner les patients défunts et les familles en deuil. Nous avons pu diffuser auprès d’eux un livret  avec des textes bibliques, des prières, des textes spirituels, et un déroulement possible pour un temps de prière au cimetière.

Lorsque cela a été possible, nous avons pu avoir des échanges très riches et nous n’avons pas ménagé notre temps pour accompagner et prier avec ces familles en détresse.

Puis, nous nous sommes rendus à nouveau auprès des équipes des soignants et notamment dans les services non affectés spécifiquement au Covid. Car il n’y avait pas que des patients infecté par le coronavirus.

Toute cette période a exigé adaptation et disponibilité de chaque membre de l’équipe de l’aumônerie. Le simple fait pour les bénévoles de pouvoir reprendre leurs visites et prendre des nouvelles des équipes soignantes a permis de renouer et renforcer les liens existants.

Tout au long de ce confinement, la messe a été célébrée quotidiennement en présence d’ un ou deux membres de l’aumônerie. Cela a permis d’être unis dans la prière les uns pour les autres et de trouver ainsi  du réconfort.

Cette crise a bouleversé l’équipe et la mission qui lui est confiée au sein de l’hôpital. A l’inverse, elle nous a lié les uns aux autres d’une manière nouvelle par cette présence quotidienne à la messe ou par un groupe  WhatsApp qui permettait de regrouper l’équipe pour des réunions informelles et entendre ses inquiétudes pour l’avenir. Certains membres ont préféré faire une pause momentanée pour repenser leur façon d’être présent au lit des malades.

En souhaitant que la crise sanitaire que l’on connaît encore maintenant ne perturbe pas durablement les visites dans les services car les demandes en matière de spiritualité se sont renforcées. De nouveaux visages et d’autres modalités vont permettre la poursuite notre mission. Ce sont toutes ces rencontres qui donnent élan et audace dans cette belle mission  d’aumônerie au sein de l’hôpital.